FORET DE PENHOAT-LANCERF

Accrochée aux flancs rocheux des rives escarpées du Trieux, la forêt de Penhoat-Lancerf couvre près de 600 hectares jadis constitués de landes. Plantée en pins maritimes au XIXe siècle pour valoriser des terres ingrates et fournir en poteaux de mines les houillères d’Angleterre, elle représente de nos jours le couvert forestier littoral le plus important de Bretagne Nord. Sur près de 5 km, elle plonge vers les méandres d’une des rivières estuariennes les plus sauvages d’Armorique. De riches franges humides la bordent à l’Ouest tandis qu’au levant, elle s’étire sur le vaste plateau trégorois. Rythmée par la mouvance des marées et la fixité du continent, la forêt de Penhoat-Lancerf offre un paysage des plus singuliers. Dans d’étonnants contrastes, s’y mêlent poésie de brumes matinales et rationalité d’alignements de pins, lumières d’estuaire et ombres de sous-bois, légendes épiques et sombres histoires… Bois ouverts tapissés de landes, petits vallons enchevêtrés de végétation, prairies blondes çà et là plantées de pommiers y alternent dans d’heureuses successions paysagères. Au confluent des rivières Trieux et Leff, là où résonne encore du viaduc de Frinaudour le souffle chaud d’un vieux train à vapeur, vasières et herbiers accueillent une riche avifaune en quête de nourriture et de tranquillité. De Coat Ermit, belvédère situé au faîte d’une pente rocheuse, apparaît le château de la Roche Jagu, témoin d’un long passé durant lequel les rias profondes étaient des voies de passage très convoitées par les hommes.

La flore

En place d’une chênaie-hêtraie primitive, pinèdes et landes forment actuellement à Penhoat Lancerf le couvert végétal le plus perceptible. Pins maritimes et épicéas dominent de leurs frondaisons à aiguilles un sous-étage où bruyères aux multiples nuances mauves, ajoncs d'or et vertes fougères s’interpénètrent. De cette apparente austérité émergent par moments, après les pluies d’orages, de puissants effluves de résines, de subtiles odeurs de coco et d’apaisantes senteurs chlorophylles. Plusieurs variétés de bruyères poussent ici. Parmi les multiples affleurements rocheux et sur les sols secs, les bruyères cendrées abondent. Les bruyères ciliées et à quatre angles, plantes mellifères très appréciées des abeilles, colonisent quant à elles les dépressions plus humides. De curieuses plantes carnivores se sont installées non loin de ces milieux. Les droseras sont de redoutables prédatrices pour les insectes. Au moindre contact, leurs cils gluants se referment sur leurs proies qui, peu à peu, sont digérées. Dans les vallons frais et du côté de Coat Ermit, subsistent quelques reliques de bois de feuillus où alternent, pour les hautes tiges, chênes, châtaigniers et bouleaux et, pour les arbustes, houx et noisetiers. Une cohorte de champignons pousse dans les sous-bois. Parmi eux, le cèpe des pins est un excellent ingrédient pour les soupes d’automne. Sur les berges forestières du Trieux, vasières et prés-salés se mêlent étroitement. Savoureuses salicornes, gracieuses spartines et jolies lavandes de mer y côtoient de denses couverts d’obiones argentées. Particulièrement rare dans les prés-salés bretons, la Cotule, espèce introduite par bateau d’Afrique du Sud, présente de chaleureux pompons jaune d’or.

La faune

À Penhoat-Lancerf, la faune forestière est reine. En moins de temps qu’il ne faut pour y croire, deux chevreuils viennent de surgir de la forêt clairsemée. En robe rouge et fauve et encore coiffé de ses bois de printemps, le brocard accomplit un étrange rituel prénuptial. Attiré par les odeurs de la femelle, il se livre à une folle poursuite circulaire. Au-dessus, un pic épeiche frappe imperturbablement le tronc d’un arbre. À chacun sa nourriture, pour notre pic bigarré de noir, de blanc et de rouge, ce sera un repas de larves et d’insectes. Un épervier vient de se faufiler tel un éclair entre les branches. La mésange à longue queue n’avait vraiment que peu de chance de s’en tirer. Venues des latitudes Nord à l’approche de l’hiver polaire, les bécasses des bois s’abritent la journée sous le couvert forestier. Pendant la nuit, elles se nourrissent de vers dans les prairies alentours. Une vingtaine d’espèces de papillons fréquente les lieux. Sur les landes à bruyères, vit l’agreste. Essentiellement nocturne, elle est le jour d’un parfait mimétisme. Le miroir, joli papillon dont les ailes postérieures portent des taches blanches cerclées de noir, affectionne les lisières forestières. Dans les prairies et sur les bords de chemin, fixés aux herbes dans d’insolites positions, stridulent criquets et sauterelles. Entre chien et loup, comme pour apaiser l’agitation du jour, l’engoulevent d’Europe fait résonner son étrange chant d’amour. Au détour des méandres du Trieux découverts à marée basse, de l’anse du Lédano à Frinaudour, s’affaire une multitude d’anatidés et de limicoles. À la saison des amours, le tadorne de Belon, une fois sa pêche terminée, regagne l’ancien terrier de lapin où il niche. De leur long bec courbe, les courlis cendrés fouissent la vase à la recherche de petits crustacés et coquillages. Bien qu’encore absente, la loutre d’Europe pourrait trouver ici un habitat propice à son installation.

Acquise sur près de 400 hectares par le Conservatoire du Littoral à partir de 1982, la forêt de Penhoat-Lancerf est actuellement co-gérée par la commune de Plourivo et l’Office National des Forêts. Destinée un temps à la production de poteaux de mine, elle fut longtemps gérée comme une plantation de pins monospécifique. De ce fait, la diversité végétale initiale connut un appauvrissement significatif. Pour pallier l’enrésinement, les risques d’incendie et restaurer une plus grande biodiversité, une expérience originale est menée depuis quelques années. Des coupes de pin sélectives sont opérées afin de produire une forêt plus claire qui devrait permettre, à terme, une cohabitation harmonieuse avec la lande. Par ailleurs, des zones de coupefeu sont régulièrement entretenues. Un broyage de la lande avec exportation de matière est pratiqué dans les secteurs gagnés par le fourré pré-forestier. Sur un ensemble de 600 hectares, une trentaine est exploitée par l’agriculture, en pâtures pour l’essentiel, dans le cadre de conventions agricoles respectueuses de l’environnement. Ces espaces, ainsi que les bords de chemin enherbés, sont de riches zones de lisières. Le site, inscrit au titre de ses habitats remarquables dans le périmètre¨Natura 2000¨du Trégor-Goëlo, bénéficie de nombreux atouts dont la proximité d’une Zone de Protection Spéciale pour les oiseaux. La Maison de l’Estuaire, située au coeur du domaine, propose tout au long de l’année un ensemble d’animations. Afin de contribuer à la préservation des milieux fragiles de la forêt de Penhoat-Lancerf, veillez à rester sur les chemins et à ne pas provoquer de feu.

Forêts mixtes originelles, prairies, landes puis pinèdes furent de tout temps exploitées par les hommes. Production de bois d’ouvrage et de chauffage, entretien de pâtures pour le bétail, coupes de lande pour la litière animale, extraction de mottes de bruyères pour la combustion puis façonnage de poteaux de mines sous-tendront tour à tour l’activité locale. Voie de navigation stratégique, le Trieux connut au Xe siècle les incursions Vikings menées par Icun. Au XVe siècle, le château de la Roche Jagu fut bâti sur le versant Est du Trieux. La ria connaîtra sa période faste au XIXe siècle, grâce aux activités de cabotage du port de Pontrieux. Lin et maërl étaient alors échangés contre vins et denrées alimentaires. En bordure des ruisseaux affluents du Trieux, quelques routoirs à lin, bassins en pierres jointes particulièrement bien conservés, témoignent d’une époque où la plante était immergée pour préparer ses fibres destinées à la confection de vêtements. Un train à vapeur fut mis en service en 1894 sur un tracé ferroviaire longeant la rivière. Ce transport circule encore à la période estivale. Il offre une somptueuse vue panoramique. La forêt de Penhoat-Lancerf et le manoir de Traou Nez, actuelle Maison de l’Estuaire, furent en 1923 le théâtre d’une sombre histoire : l’affaire Seznec. Guillaume Seznec, propriétaire d’une scierie à Morlaix, fut accusé du meurtre de Pierre Quémeneur, conseiller général dans le Finistère. Condamné au bagne, il fut détenu de longues années dans l’enfer carcéral Guyanais. Tout au long de cette période et jusqu’à sa mort, Guillaume Seznec clamera son innocence. Soutenu par une partie importante de l’opinion publique, il sera gracié en 1946 par le Général De Gaulle. En octobre 2006, grâce au témoignage à décharge inattendu d’une rescapée des camps de la mort, l’instruction est réouverte…

Il existe sur ce site des possibilités d'hébergement. 

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Site de la Région Bretagne : www.bretagne-environnement.org

 

Mairie de Plourivo

1 place du Bourg

22 860 Plourivo

Tél : 02 96 55 90 20

mairie.plourivo@wanadoo.fr

 

Maison de l’Estuaire

Traou Nez

22 860 Plourivo

Tél : 02 96 55 96 79

Carte d'identité du site

Commune(s) : PLOURIVO (22)

Surface protégée : 404.65 hectares

Protégé depuis : 1983

Nombre d'actes d'acquisition signés : 162

Ouvert au public

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