TERTRE CORLIEU

Promontoire avancé au coeur de la baie de Lancieux, le Tertre Corlieu offre une sublime vision périphérique sur le paysage alentour. Cette situation remarquable le prédestina à être pour les hommes, au fil du temps, un poste d’observation privilégié. Vasières, falaises rocheuses, dunes, pelouses rases, fourrés arrière-dunaire, marais littoraux, boisements et prairies y composent une mosaïque de milieux naturels des plus variés où végétations et faunes originales se côtoient à peu de distance. Dans cette zone humide d’intérêt écologique majeur, les marées jouent un rôle fondamental. Au jusant, les eaux marines se retirent et dessinent, au fil des chenaux de marées, de longs méandres luisants. Oiseaux et pêcheurs à pied, dans un cycle immuable, prennent à ce moment possession des grands espaces découverts pour profiter de la sérénité et de l’abondance des lieux. Au flot, la mer remonte et recouvre lentement leurs milliers de traces fraîchement inscrites dans les vases sableuses et limoneuses. En amont, les prés-salés, riches d’une flore dense, se sont développés en retrait des grands flux et de leur agitation. Deux dunes bordent le tertre au nord et au sud. Elles amorcent en douceur la transition vers l’intérieur des terres. Sous l’action de la houle, du vent et des embruns, les falaises de schistes et de gneiss, découpées de mille formes, sont devenues surplombs, arches ou récifs. Au printemps, alors que l’atmosphère retentit du chant des oiseaux, de somptueux tapis d’orchidées fleurissent dans les prairies. Dans les marais encore abrités par des digues et naguère cultivés, la vie exulte de toutes parts. Elle se manifeste dans un foisonnement de couleurs, d’odeurs, de mouvements et de bruits.

La flore

Derrière l’apparente austérité de la vasière, se cache un milieu d’une richesse exceptionnelle. Invisibles à l’oeil nu, les diatomées forment à la surface de la vase un film luisant aux nuances brunes et vertes. Algues microscopiques présentes en grande quantité, elles sont à la base de nombreuses chaînes alimentaires. Les prés-salés, recouverts seulement lors des fortes marées, sont tapissés d’une végétation basse particulièrement bien adaptée au sel et aux immersions périodiques. À mesure que le sol s’assèche, apparaissent les petites touffes isolées des spartines maritimes, les tiges charnues des salicornes d’Europe, les feuilles blanches-argentées des obiones et les fleurs bleues des lavandes de mer. Accrochées aux falaises, les spergulaires des rochers se sont insérées dans les fissures tandis que les silènes maritimes ont préféré les petites pelouses suspendues dans les parois rocheuses. De nombreuses plantes adaptées aux sols calcaires se sont établies sur les sables coquilliers. Sur les dunes, vipérines, géraniums sanguins, roses pimprenelle et pavots cornus composent, avec de multiples autres plantes des sables, une palette aux couleurs chamarrées. Pas moins de 13 espèces d’orchidées ont été recensées sur le site. Nombre d’entre-elles composent un étrange bestiaire végétal fait d’orchis grenouille ou d’ophrys araignée. D’autres appellent à la poésie tels l’orchis oublié ou la spiranthe d’automne. En arrière du trait de côte, de denses fourrés à ajoncs et prunelliers se sont développés à la faveur de la déprise agricole de la fin du siècle dernier. Scirpes maritimes, iris faux acores, guimauves officinales et ophioglosses communes prospèrent dans le marais où elles se répartissent selon la salinité des eaux.

La faune

Zone humide refuge, la vasière accueille, tout au long de l’année et aux périodes de migration, une riche avifaune. Les limicoles, oiseaux de vase par excellence, y trouvent leur nourriture en abondance. Selon la longueur de leurs pattes, la taille et la forme de leur bec, ils se partagent les ressources disponibles. Les courlis cendrés, de leur long bec convexe, sondent le fin limon pour prélever vers, mollusques et petits crabes. Lors de leurs déplacements migratoires, ils peuvent s’élever à près de 6000 mètres d’altitude. Les chevaliers, qu’ils soient arlequins, gambettes ou aboyeurs, fouissent la vase à bien moindre profondeur. Oies et canards forment également un riche cortège. À marée basse, les bernaches cravant, petites oies migrantes de Sibérie occidentale, se rassemblent en bandes criardes dans les prairies de plantes marines qui constituent l’essentiel de leur alimentation. Le tadorne de Belon, à la croisée de l’oie et du canard, se dandine à la recherche de petites proies animales localisées dans les flaques d’eau laissées par le retrait de la mer. Côté terre, la fauvette babillarde entonne un doux babil pendant que la fauvette à tête noire interprète un mélodieux chant flûté. Pour marquer sa présence, la bouscarle de Cetti émet un surprenant éclat sonore. Le hibou moyen-duc, grâce à ses longues oreilles, perçoit le moindre déplacement. La nuit venue, il capture aux abords du marais petits rongeurs, oiseaux et insectes tandis qu’entre deux eaux, crapauds calamites, grenouilles vertes et tritons marbrés vaquent à leur vie amphibie.

 

Très prisé par les riverains tout au long de l’année et par de nombreux autres visiteurs au moment des vacances, le Tertre Corlieu connaît une fréquentation soutenue. Acquis en 1999 par le Conservatoire du Littoral et géré par la Communauté de Communes Côte d’Émeraude, il fait depuis l’objet d’un suivi attentif. Stationnements et cheminements ont été organisés pour permettre d’accéder au site sans altérer les différents milieux. Les dunes, un temps en péril du fait des extractions de sable et d’une circulation non maîtrisée, ont été reformées mécaniquement, stabilisées grâce à la plantation d’oyats et protégées par des ganivelles. Des plantes envahissantes, fléaux échappés des jardins, telle la renouée du Japon, sont régulièrement éliminées. Un bosquet de cyprès de Lambert, en grande partie détruit par les tempêtes, a été supprimé pour redonner à la dune son aspect originel. Pour enrayer la fermeture du paysage par les buissons, un débroussaillage manuel est régulièrement pratiqué par le gestionnaire. Dans les prairies humides et le marais, des fauches tardives favorisent la biodiversité. Elles limitent la progression de plantes tels l’iris des marais et l’eupatoire chanvrine au profit des orchidées, plus exigeantes en lumière. Bien que protégés, dunes, prairies et autres espaces subissent toujours une forte pression. Une attitude responsable contribue à préserver ces milieux. Rester sur les sentiers évite le piétinement dont la conséquence première est la disparition de la végétation qui fixe les dunes. Respecter les ganivelles permet d’assurer leur précieux rôle de piège à sable. Tenir les chiens en laisse empêche les divagations qui menacent couvées et oisillons.

Endiguées par les moines bâtisseurs du plus ancien ordre monastique d’Occident, les terres basses de la baie de Lancieux furent asséchées progressivement à partir du IXe siècle. De riches polders furent ainsi créés. Au Tertre Corlieu, les moines bénédictins de l’abbaye de Saint Jacut édifièrent en pierre, sous François 1er, la plus ancienne digue du site. Une grande étendue de sol fertile fut alors gagnée sur la mer. Les fermes de la Buglais et de la Briantais, désormais protégées des aléas marins, accrurent considérablement leurs productions agricoles. Bien plus tard, en 1749, la “digue de la Roche” fut construite afin d’augmenter encore la surface de terres légumières. Cette seconde retenue, conçue avec un système d’irrigation comprenant écluses et canaux de drainage, abrita également nombre de pâtures où vaches, moutons ou chevaux pouvaient se délecter de succulents herbages parfumés aux embruns. Le parcellaire du Tertre Corlieu sera, tout au long de son histoire, modelé au gré des usages et de la nature des sols. Prairies fourragères, landes à faucher servant de nourriture et de litière au bétail, cultures de pommes de terre puis de maïs se répartiront les espaces agraires. De 1950 à 2000, de grandes quantités de sable furent prélevées au nord du site. Cette extraction déstabilisera la dune dans son cycle naturel. Activité historique s’il en est, la pêche à pied traversera toutes les époques jusqu’à nos jours où, pour des raisons sanitaires, elle n’est plus autorisée en maints endroits.

Site de la Région Bretagne   :   www.bretagne-environnement.org

 

Communauté de Communes Côte d’Émeraude

4 rue du Colonel Pleven-  B.P. 22

 22650 PLOUBALAY

Tél. 02.96.82.68.60 Fax : 02.96.82.68.70

 accueil@cote-emeraude.fr

Carte d'identité du site

Commune(s) : LANCIEUX (22)

Surface protégée : 47.52 hectares

Protégé depuis : 1998

Nombre d'actes d'acquisition signés : 10

Balade Ouvert au public

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