FALAISES DU GOELO

Abruptes et sauvages, constituées d’aspérités et parsemées de criques et de grottes, les falaises de Plouha érigent face à la mer leurs gigantesques murailles de gneiss et de granite. Avec plus d’une centaine de mètres d’altitude, elles s’enorgueillissent d’être les plus hautes de Bretagne. Dans ce vertige minéral proche de l’inaccessible, hommes et animaux rares ont su trouver au fil du temps, pour leur vie ou leur survie, passages et refuges précieux. Parois rocheuses inexpugnables, plages de sable alanguies, anses abritées et cordons de galets granuleux forment ici un paysage sensoriel contrasté où les repères policés se perdent pour mieux s’ouvrir à une rencontre privilégiée avec la nature bretonne. La pointe de Plouha, par-delà ses sublimes vues panoramiques sur le Palus et Beg Hastel, offre à quelques mètres alentour de savoureux micro paysages. Telle une falaise jardinée au hasard de ses niches écologiques, elle déploie avec harmonie, du printemps à l’automne, de subtiles compositions florales. Au détour d’un sentier littoral aux dénivelés prononcés, apparaissent çà et là d’intimes vallées littorales creusées par l’écoulement de rias obstinées. Vertes et profondes, elles présentent de précieux habitats où croissent saules, chênes et frênes. Une faune des plus riches s’y affaire. Relique d’une tradition portuaire ancestrale, Gwin Zégal, “vin de seigle” en français, est l’un des deux derniers ports sur poteaux de Bretagne. Depuis le début du Moyen-Âge, les pieux y sont régulièrement changés. À chaque nouvelle implantation, dans une ultime poussée, de jeunes feuilles apparaissent au printemps et offrent la vision surréaliste d’un Eden éphémère. Miroitant sur la grève sableuse délaissée par la mer, leurs reflets font ressurgir un lointain passé où les ports n'avaient pour toute amarre que quelques poteaux de bois sertis dans des amoncellements de pierres.

La flore

Sortis de la nuit des temps, des lichens aux formes crustacées et foliacées colorent la roche-mère de noir, de jaune et de gris. Association d’une algue dont les tissus captent la lumière et d’un champignon dont les filaments puisent les ressources nutritives, ils sont, de tous les végétaux pionniers, les premiers à s’installer dans des conditions quasi-impossibles. Narguant les parois verticales, les sauts et les ressauts, régulièrement aspergés d’embruns, ils préparent patiemment le terrain pour leurs congénères à racines. Sur les sols formés par leur action chimique et par l’érosion naturelle, apparaissent des plantes évoluées capables de résister à la plus dure sécheresse. Cristes marines aux saveurs acidulées de fenouil marin, spergulaires des rochers aux multiples fleurs roses délicates ont ainsi développé d’épais tissus qui leur confèrent la succulence nécessaire pour retenir l’eau et vivre dans cette ambiance aride et désertique. Naguère cultivées jusqu’en limite de falaise, les fortes pentes ont été gagnées par l’épine noire et la fougère aigle. Dès les beaux jours, la lande se teinte progressivement du blanc des prunelliers en fleur, du jaune d’or des ajoncs d’Europe et du mauve des bruyères cendrées. Au large de Beg Hastel, l’îlot de la Mauve, dont le nom est dû à la couleur de la mauve royale qui y pousse sur son versant est, se détache sur la mer tel un iceberg recouvert du guano des oiseaux marins.

La faune

Les hautes falaises littorales abritent de surprenants oiseaux. Décrochant soudainement de son aire lovée au flanc de la paroi abrupte, le faucon pèlerin vient de fondre sur sa proie dans un piqué foudroyant. Pigeons ou limicoles, alpagués à près de 250 kilomètres à l’heure, n’auront aucune chance devant ce prédateur redoutable. Adulé tel un dieu dès l’ancienne Égypte, favori des fauconniers à la renaissance, le faucon pèlerin a trouvé refuge de nos jours dans les à-pic inaccessibles de la côte plouharaise. Le grand corbeau, ce géant parmi les passereaux, trouve refuge dans le même habitat. Cependant, sa technique de chasse est fort différente. Dans les milieux ouverts du plateau, il survole en rase-motte pelouses, landes, pâtures et cultures pour attraper ses proies par surprise. Charognard et opportuniste, il repère aisément les animaux malades. Il ne dédaigne ni les oeufs, ni les baies arrivées à maturité. Longtemps honni des hommes pour sa réputation de fossoyeur alors qu’il assurait pourtant une mission de salut public, il est désormais protégé. C’est un spectacle unique que de voir rivaliser d’aisance et d’acrobaties, dans un ballet pour vols battus et planants, ces deux virtuoses de la glisse. Le long des côtes, les oiseaux de mer abondent. Cormorans huppés, goélands et pétrels fulmars se retrouvent en colonies éparses sur les falaises et les écueils isolés. Sous les eaux tumultueuses vivent bars, ormeaux et homards.

Les falaises de Plouha s’inscrivent dans un ensemble plus large qui va du Palus à la pointe de la Tour. Acquis à partir de 1995 par le Conservatoire du Littoral, ces différents sites sont co-gérés avec la Communauté de Communes de Lanvollon Plouha en étroit partenariat avec le Conseil Général des Côtes d’Armor. Chaque secteur fait l’objet d’une gestion différenciée. Ainsi, à la pointe de Plouha, la démolition d’une maison située au niveau du sentier des douaniers a permis de redonner à cette côte tout son aspect sauvage. Du géotextile en toile de jute a été déroulé sur le sol afin de permettre à la végétation de s’enraciner. De petites barrières de bruyères, les fascines, ont été implantées pour stabiliser les pentes. Afin de pallier l’instabilité de la roche, les falaises de gneiss de la plage Bonaparte ont été purgées. Acquise en 2004, une maisonnette juchée sur un éperon rocheux dominant la mer fait l’objet d’un projet de restauration. Elle constituera une halte pour les randonneurs pendant la période estivale. Une convention d’exploitation extensive respectueuse de l’environnement a été passée avec un agriculteur qui fait paître à la pointe de la Tour un troupeau de bovins de race charolaise. Tous ces sites connaissent une forte fréquentation. Y pénétrer à pied par les chemins autorisés est une condition nécessaire à leur préservation. Les falaises de Plouha offrent des lieux de nidification pour nombre d’espèces d’oiseaux protégés. Préservons ces espaces refuges, aucune photo ne saurait remplacer leur présence. Certaines parties, notamment sur les pointes, ne sont pas aménagées et présentent des passages aléatoires. Leur accès peut-être interdit. Soyez toujours prudents.

Quelques hameaux jalonnent les terres de Plouha. Construits à partir du Vème siècle, ils abriteront au fil du temps des générations de paysans pêcheurs. Kersalic, constitué de modestes maisons de pierre à une porte et fenêtres en façade, est un bon exemple de cette architecture locale typique. La pêche côtière fut la seule activité maritime pratiquée le long de ces côtes abruptes. La cale de Port Moguer, bâtie avec du granite rose dans les années 1840, abritera chalutiers et caseyeurs. Un amer situé non loin de là est l’une des deux balises terrestres qui, alignées à l’autre, servaient jadis de repère pour l’approche des côtes. Haute de 25 mètres, construite en arc creux, elle est le dernier témoin local d’un dispositif d’orientation dont le principe remonte à l’origine de la navigation. Le chemin des douaniers, jalonné d’abris et de postes d’observation, connut une forte activité clandestine tout au long de son histoire. Entre chien et loup, à la lueur de la pleine lune ou dans la pénombre de la nuit, des contrebandiers de tout acabit accostaient dans les nombreuses criques de la côte. Dans une tout autre finalité, ces mouillages furent utilisés durant la seconde guerre mondiale par le réseau Shelburn qui fit évader vers l’Angleterre quelque 135 aviateurs et une quinzaine d’agents alliés. L’ancien tracé du sentier littoral peut se lire au printemps, le long d’une ligne de pommiers en fleurs apparus au hasard des trognons de pomme laissés en chemin par les douaniers. Ainsi, des gestes anodins peuvent-ils s’inscrire durablement dans le paysage.

Site de la Région Bretagne:  www.bretagne-environnement.org

 

Communauté de Communes Lanvollon Plouha

Moulin de Blanchardeau BP 36

22290 LANVOLLON

Tél. 02 96 70 17 04 Fax : 02 96 70 29 18

cdc@cc-lanvollon-plouha.fr

Carte d'identité du site

Commune(s) : PLOUEZEC (22) , PLOUHA (22) , SAINT-QUAY-PORTRIEUX (22) , TREVENEUC (22)

Surface protégée : 133.41 hectares

Protégé depuis : 1997

Nombre d'actes d'acquisition signés : 76

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