LANDES LITTORALES D'OUESSANT

Aux confins de la mer d’Iroise, à vingt kilomètres des terres les plus avancées du continent, se découpe sur la ligne d’horizon la plus occidentale des îles du Ponant, Uxisama la Celte, Ouessant. Dans d’ultimes émergences, l’archipel de Molène, tel un guet pour géant, a balisé le passage avant le grand saut au-delà du redoutable Fromveur, courant frontière de cet ailleurs du bout du monde. Isolat naturellement coupé du continent par¨la mer ténébreuse occidentale¨, décrite ainsi au Moyen Âge par le géographe arabe Idrisi, Enez Eussa, l’Île Haute, a su préserver jusqu’à nos jours une authenticité rare. Au surplomb de la baie du Stiff, une terre de granite rassurante s’élève en direction d’un vieux phare dont les feux brillent depuis plus de 300 ans. De vastes pelouses et landes rases, pâturées naguère par de petits moutons noirs, jalonnées de murets et d’enclos de pierres, couvrent alentour, immuables depuis des siècles, un plateau aride. Elles plongent côté mer vers de vertigineuses falaises où grottes profondes et arches colossales abritent d’étonnants oiseaux de mer. À l’Ouest, veillée par le haut phare du Creac’h, s’étire une côte déchirée par les houles et les embruns où parois rocheuses et récifs prennent par endroits d’étranges silhouettes. Tout au long de ces rivages, de paisibles vallons, les bougués, écoulent leurs eaux douces. Plantés de saules, parsemés de lavoirs et de fontaines, ils prolongent l’humanité de petits hameaux bâtis en amont et dont les maisons, adossées les unes aux autres, disent toute la rigueur du climat.

Lovée au fond de la baie de Calgrac’h, une petite cale abrite aux beaux jours toute une flottille de bateaux colorés qui, dès l’automne, sont remontés dans les jardins ou à côté des maisons. C’est qu’ici, la mauvaise saison peut être particulièrement rude. Brouillards épais et pointes de vents de suroît soufflant à plus de 180 km/h donnent à certains moments d’Ouessant l’image d’une île d’épouvante. Au printemps, quand l’océan s’est apaisé, les embarcations regagnent les eaux salées, Ouessant redevient alors une île de lumière.

La flore

Dans un contraste savoureux, végétation littorale et plantes exotiques ramenées de voyages au long cours se côtoient de part et d’autre des murets des jardins. Les scilles printanières, essences particulières à Ouessant, parsèment en avril les pelouses rases de l’île. Associées aux fétuques pruineuses, aux jacinthes, aux arméries et aux silènes maritimes, elles composent près des affleurements rocheux de magnifiques parterres aux nuances rouges, bleues, mauves et blanches. Un étage plus haut, les prunelliers se transforment à la même période en buissons floconneux. Il faut attendre les premières gelées d’automne pour goûter leurs fruits ronds et âcres et bénéficier de leurs propriétés toniques. En mai, le jaune des genêts, prostrés par endroits sous l’influence des embruns, a pris le relais. Bruyères cendrées, callunes et ajoncs de Le Gall fleurissent ensuite au cours de l’été. Ils enchantent alors de leurs teintes mauves et jaunes les landes atlantiques. Par endroits, demeurent encore d’anciens enclos à ajoncs d’Europe cultivés jadis pour l’alimentation et la litière animale. Vestiges d’une pratique liée à l’autarcie séculaire de l’île, ce n’est que dans la deuxième partie du XXe siècle qu’ils s’enfricheront peu à peu. Tout au long de la côte, plusieurs variétés de saules poussent dans de petits vallons humides. Bien à l’abri du vent, entre maison et clos, les ombelles roses des amaryllis et les fleurs bleues des agapanthes évoquent les escales sud-africaines des ouessantins, leurs années d’absence et le retour au pays.

La faune

Située sur un important couloir migratoire, Ouessant présente une avifaune remarquable. Les falaises du nord-est sont les plus hautes de l’île. Elles culminent à près de 60 mètres et servent de refuges à des colonies d’oiseaux marins. À mesure que l’automne approche, d’importants cortèges s’y succèdent. En provenance de l’Atlantique Nord, puffins des Anglais, sternes Pierregarin et arctiques survolent en septembre les pointes de Cadoran et du Creac’h afin de rallier le Sud, suivis de peu en octobre par les pingouins torda et les guillemots de Troïl. L’île de Keller, située au large de la pointe de Calgrac’h, accueille la plus grande colonie de goélands marins de France et l’une des plus importantes colonies de cormorans huppés de Bretagne. D’un bout à l’autre de l’année, par temps couverts ou ensoleillés, les goélands marins survolent les falaises et patrouillent en mer pour écumer flots et rivages. Qu’une proie soit repérée et l’attaque sera foudroyante. Avec 1,70 m d’envergure, des pattes et un bec robustes, le seigneur au manteau noir ne fera aucun quartier. Oiseau mystérieux s’il en est, le pétrel tempête vit en mer la majeure partie de l’année. Voltigeant au ras des vagues, cet oiseau marin, le plus petit d’Europe, aime suivre les navires loin des terres. Au printemps, lorsqu’il se rapproche des côtes d’Ouessant pour nicher, il ne se déplace que la nuit. Ses moeurs nocturnes et sa voix éraillée en font un animal qui inspire bien des légendes. Sur les pelouses rases, les craves à bec rouge volent en couple à la recherche de larves et d’insectes. C’est en hiver que le phoque gris met bas sa progéniture qui trouve refuge dans les grottes marines de Cadoran. Très tôt éveillés aux joies de la pêche, les jeunes attrapent les poissons à¨l’agachon¨, sorte d’affût pratiqué à plusieurs dizaines de mètres de profondeur. L’abeille noire sauvage, élevée à l’origine partout en France, a peu à peu disparu du continent du fait de l’introduction d’espèces plus productives. L’isolat naturel de l’île d’Ouessant la prédestinait à être l’un des derniers conservatoires de cette espèce rustique.

Grâce à sa zone d’intervention, le Conservatoire du littoral concourt, en lien avec de multiples partenaires, à la gestion environnementale d’Ouessant. Pour informer et sensibiliser le public au patrimoine remarquable de l’île et aux interventions des différents acteurs, le phare du Stiff est aménagé en centre d’information. Cette réhabilitation s’inscrit dans le cadre du projet interreg-Isla initié par 5 partenaires européens pour encourager le développement durable sur de petites îles de la périphérie du nord-ouest de l’Europe. À ce titre, Ouessant bénéficie du croisement de multiples expériences. Point de départ du sentier littoral de la côte Ouest, le phare du Stiff propose aux visiteurs une exposition et décline un ensemble d’informations destinées à encourager la découverte respectueuse de l’île. Pour que les randonneurs puissent cheminer sur cet itinéraire dans de bonnes conditions, 3 lieux sont aménagés en abris : une annexe du phare du Stiff situé en amont du débarcadère, le fort de Calgrac’h localisé à mi-chemin et une ancienne station de pompage côtoyant le phare du Creac’h. Résolument investi dans un rôle de prévention, le Conservatoire s’associe à la commune de Ouessant et au Parc Naturel Régional d’Armorique, qui, en concertation avec de multiples propriétaires, débroussaillent depuis plusieurs années des espaces délaissés. Les murets de pierres, envahis par les ronces, sont peu à peu nettoyés. L’abeille noire, espèce endémique de l’île, fait l’objet d’un programme de conservation qui trouve sa place dans les restaurations conduites sur les bâtiments affectés au Conservatoire. Tout au long de l’année, de nombreuses animations patrimoniales sont proposées par le Centre d’Etudes du Milieu d’Ouessant et par l’écomusée du Niou. Pour préserver durablement les milieux naturels de l’île, le concours de chacun s’avère cependant nécessaire. Respecter le tracé du sentier littoral et ne jamais y circuler en vélo ou à cheval permet d’y contribuer efficacement, tout en assurant sa sécurité.

Habitée dès le quatrième millénaire avant notre ère par les peuples du néolithique, l’île d’Ouessant sera de tout temps un sanctuaire pour les différentes communautés qui s’y établiront. Elle fut pendant une longue partie de son histoire¨l’île des femmes¨. Aux siècles derniers, alors que les hommes sont embarqués dans la Royale et la marine marchande, sillonnent mers et océans à travers le monde, sont de toutes les guerres et ne reviennent que pour de brèves escales ; les femmes labourent et sarclent la terre, empierrent les chemins, conduisent les charrettes, réparent les couvertures des maisons abîmées, reforment les murets, mettent au monde et élèvent les enfants…D’un côté comme de l’autre, pour des raisons différentes et que peu choisissent vraiment, la vie est souvent difficile. Île sentinelle, Ouessant figure de longue date parmi les secteurs de navigation les plus denses de France. Elle possède 5 phares et de multiples balises qui, au fil du temps, se sont perfectionnés. Il y a 300 ans encore, c’était de hautes flammes qui éclairaient la trajectoire des navires. Témoin de cette époque et des prémices de la signalisation maritime, le phare du Stiff était à son origine une¨tour à feu¨dont le premier foyer sera allumé en 1700. Point stratégique d’une route maritime très convoitée, l’île d’Ouessant sera maintes et maintes fois assaillie. Les bougués, vallons humides façonnés par l’érosion, serviront de tout temps d’accès naturels à la mer. Durant le blocus de Brest, sous Napoléon 1er, les Anglais viendront s’y ravitailler en eau douce. Pour défendre la côte nordouest, le réduit de Calgrac’h, fort de type Vauban, sera construit en1862. Sur cette île parsemée de hameaux où la végétation peine à croître, de nombreux murets en pierres forment un bocage lithique original. Çà et là, subsistent les socles de petits moulins à vent qui servaient autrefois à moudre le grain pour assurer l’autonomie des habitants d’Ouessant.

Site de la Région Bretagne : www.bretagne-environnement.org

Mairie d’Ouessant

Bourg de Lampaul

29242 Ouessant

Tél. 02 98 48 80 06

Centre d'Etude du Milieu d'Ouessant (C.E.M.O)

Gouzoul

29242 Ouessant

Tél. 02 98 48 82 65

Écomusée d’Ouessant

Maison du Niou

29242 Ouessant

Tél. 02 98 48 86 37

Musée des Phares et Balises

29242 Ouessant

Tél. 02 98 48 80 70

Carte d'identité du site

Commune(s) : OUESSANT (29)

Surface protégée : 5.43 hectares

Protégé depuis : 1980

Nombre d'actes d'acquisition signés : 11

Phare Balade Monument Ouvert au public

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