BEAUPORT - KERARZIC

Lové au fond de l’anse de Paimpol, entre la presqu’île de Guilben et la pointe de Kérarzic, le domaine de Beauport se déploie de part et d’autre des rives du Correc, sur plus de 100 hectares de milieux maritimes et terrestres. Territoire fécond, il présente une remarquable diversité d’habitats naturels répartis en deux entités distinctes : l’une littorale, l’autre continentale. Falaises, grève rocheuse, vasière, prés-salés et marais bordent les rivages d’une ancienne abbaye prémontrée érigée au XIIIe siècle tandis que bois, ruisseaux et étangs structurent l’intérieur des terres. Poldérisées un temps pour gagner sur la mer de précieux espaces à cultiver, les terres du Sud retrouveront peu à peu, après la rupture de la“digue des marais“, leurs influences naturelles. Dès lors, cultures et pâturages retourneront progressivement à la grève et à la roselière. Sublime témoignage d’une union séculaire entre les hommes et la nature, le domaine de Beauport est de ces lieux où le divin semble s’être matérialisé en entrelacs de pierres taillées et de végétation. Sanctuaire à ciel ouvert, il nous invite à la contemplation. Rivages tranquilles baignés de brumes au lever d‘un jour d’été, côtes balayées par les vents d’hiver rugissants dans les arcs romans et gothiques, vergers aux subtils effluves, miroirs d’étangs d’eau douce, méandres argentés de ruisseaux et bois profonds y scandent, en écho de lointains psaumes monastiques, leurs chants universels. Du sous-sol, granites roses et beiges, grès violets, schistes gris et roches volcaniques vertes ont été extraits et érigés en parements de pierres multicolores, magnifiés çà et là par des calcaires venus de Normandie. Colonisés par une végétation rupicole, hauts de murs, voûtes et gisants de pierre y fleurissent d’une éternelle jeunesse. Sous les hautes frondaisons des chênes et sur les étendues marines, vivent peuples des bois et de la mer qui, de nuit comme de jour, perçoivent le monde à leur façon, selon des conditions dictées par d’autres nécessités. Cheminer à Beauport, c’est aller à la rencontre de la nature et de l’histoire, au gré de ses sensations et du récit des guides, attiré par quelque mystérieux appel…

La flore

Grâce à la grande diversité de ses milieux, le domaine de Beauport présente de riches cortèges végétaux. Sur les rivages de l’abbaye, à la limite supérieure des laisses de mer, le chou marin s’est installé dans le sable coquillier. Protégé au niveau national, ce cousin de l’ancêtre de notre légume présente la particularité rare de régénérer ses blessures. À défaut d’immortalité, c’est d’une belle longévité dont peut se prévaloir ce végétal fixateur de sols instables. Non loin de là, pourpiers de mer et orpins âcres colonisent la dune blanche. Euphorbes des ports, silènes et arméries maritimes parsèment les pelouses rases et les petites dépressions rocheuses qu’elles égayent dès le printemps de leurs couleurs vertes, blanches et mauves. Fleurs vagabondes s’il en est, elles n’ont besoin que de peu de sol pour s’installer. Aux abords du havre de Beauport, obiones argentées et salicornes annoncent la transition entre vasière et préssalés. La flore des murs est ici impressionnante. Nombril de Vénus, centranthe rouge et polypode en sont quelques exemples éloquents. Iris des marais, menthes aquatiques, joncs et salicaires forment autour des étangs une frange végétale harmonieuse. Avec près de 90 hectares configurés en 2 vallées parallèles traversées par un cours d’eau, le domaine boisé offre de multiples aspects. Au printemps, un parterre coloré composé de lierres terrestres, de sceaux de Salomon, d’anémones Sylvie et de violettes des bois tapisse les sols forestiers. Aux abords du Correc, sous le couvert des aulnes et des frênes, poussent les touffes luisantes des scolopendres. À mesure que l’on s’élève sur les coteaux et que le sol s’assèche, apparaissent houx, hêtres et châtaigniers. Pins maritimes et de Monterrey coiffent les parties sommitales de ce domaine végétal exceptionnel.

La faune

Entre littoral, vestiges de pierres et terres de l’intérieur, le domaine de Beauport offre de multiples lieux de vie. Situé en bordure d’anse, il accueille une avifaune diversifiée. D’importantes troupes de bernaches cravant y séjournent de l’automne au printemps afin de se préserver des rigueurs de l’hiver polaire. Site de tout premier plan en Europe pour les mouettes mélanocéphales, l’anse de Beauport est également très fréquentée par de nombreuses espèces de limicoles. Bécasseaux variables, violets ou cocorli, courlis cendrés ou corlieu, chevaliers combattants, gambette ou guignette se relaient sur ces rivages tout au long de l’année. De leurs démarches rapides et saccadées, ils arpentent la grève à la recherche de vers, de coquillages ou de crustacés. Plus flegmatiques, les aigrettes garzette, dont les élégantes silhouettes blanches se reflètent dans les vases luisantes, sillonnent les chenaux de marées. La roselière abrite la rousserolle effarvatte, dont la particularité est d’accrocher son nid entre les roseaux. Qu’un petit grognement s’élève des roseaux, et le râle d’eau peut apparaître d’un instant à l’autre. Nombre de passereaux, tels troglodytes, mésanges ou grives vivent dans les vergers et les espaces jardinés de l’abbaye. Près d’une dizaine d’espèces de chauves-souris fréquente les refuges de pierres et de bois de Beauport. Le grand rhinolophe, dont l’envergure approche les 40 cm, affectionne les combles et les entrées de cavités souterraines tandis que la barbastelle préfère les trous d’arbre et les fissures rocheuses. Les rapaces nocturnes ont élu domicile dans les ruines et les vieux arbres de l’abbaye. La dame-blanche, ou chouette effraie, vit dans les greniers alors que la chouette hulotte habite dans les cavités arboricoles du domaine. Dans les sous-bois vallonnés du domaine s’affairent chevreuils, blaireaux, martres et autres curieux petits mammifères telle la musaraigne aquatique qui, au retour de sa chasse, fait provision de restes d’escargots, de batraciens et de poissons.

 

Menacés de morcellement et convoités pour la réalisation de projets immobiliers, l'abbaye de Beauport, classée en 1862 au titre des Monuments Historiques, et le domaine, classé au titre des Sites en 1963, ont été acquis en 1992 par le Conservatoire du Littoral. Gérés par l’Association pour la Gestion et la Restauration de l’Abbaye de Beauport et soutenus par la commune de Paimpol, la communauté de communes de Paimpol- Goëlo, le département des Côtes d’Armor, la Communauté Européenne et le Ministère de la Culture, ils bénéficient depuis d’une gestion patrimoniale équilibrée. Ainsi, bâtis et espaces naturels sont réhabilités dans“l’esprit des lieux“, à la lumière d’expertises architecturales et écologiques qui réunissent de nombreux partenaires institutionnels et associatifs tels que la LPO et le Groupe Mammalogique Breton. L’ensemble des corps de bâtiments a été sauvegardé en associant restauration, action sociale et protection de la faune. Une part importante de ces travaux a été réalisée dans le cadre de chantiers d’insertion de détenus. Lors de chaque réalisation, une attention toute particulière a été apportée pour l’aménagement de gîtes à rapaces, micro-mammifères ou batraciens. Des fouilles préventives ont été opérées afin d’agir avec discernement. Les vergers originels ont été réhabilités en vergers conservatoires riches de plus de 50 variétés de pommes. Digues et réseaux hydrauliques ont été restaurés pour préserver les fragiles équilibres du site. Fossés et étangs sont régulièrement curés pour assurer l’écoulement et la qualité des eaux. Les espaces boisés, qui couvrent plus des trois quarts du domaine, sont gérés en fonction de leurs milieux respectifs et mis en valeur, notamment par l’entretien et la réouverture de sentiers de randonnée. Fidèles à ce que jadis les chanoines avaient su réaliser, ces opérations sont conduites afin de concilier harmonieusement nature et créations humaines. Visites guidées, balades naturalistes et ateliers pédagogiques sont proposés tout au long de l’année à un large public. Inscrit dans le périmètre¨Natura 2000¨du Trégor-Goëlo et 33ème membre du Réseau des Grands Sites de France, le domaine de Beauport bénéficie d’un environnement d’une exceptionnelle diversité. À chacun d’entre-nous, par ses actes, de le respecter.

Particulièrement favorable à l’installation humaine du fait de sa situation géographique privilégiée et de ses multiples ressources liées à des terres riches, à la présence d’un cours d’eau et à un débouché maritime protégé, ce site fut occupé de longue date. L’abbaye de Beauport sera bâtie en l’an 1202, à l’initiative d’Alain de Goëlo, comte de Penthièvre. Ce domaine, confié à des moines de l’ordre de Prémontré originaires de l’abbaye de“La Lucerne d’Outremer“, rayonnera sur ses paroisses bretonnes et anglaises. Beauport témoigne d’une ouverture au monde caractéristique des établissements monastiques littoraux. Jouissant de la maîtrise de l’estran, l’abbaye tirera grand profit des ressources marines. Dans une lutte incessante contre les éléments, seront bâtis de multiples ouvrages hydrauliques destinés à contenir et orienter les flux continentaux et marins. Pour protéger les rivages abbatiaux des rigueurs de la mer, le“Talus de Beauport“, long de 1800 mètres, sera érigé dès le XIVe siècle. Miné au fil du temps par les assauts répétés des houles, il s’effondrera peu à peu. Le XVIIIe siècle verra l’édification de la“grande digue“, destinée à protéger l’enceinte abbatiale, puis la poldérisation des terres marécageuses de l’exutoire du Correc. Passés maîtres en génie hydraulique, les moines sauront tirer parti des sources, ruisseaux et étangs du domaine. Canaux, fontaines, routoirs à lin et moulins seront réalisés pour les besoins domestiques et économiques de la communauté. La Révolution Française marquera un tournant décisif. Le domaine sera morcelé et les bâtiments transformés un temps en carrière de pierres. Sauvé en grande partie grâce à l’intervention de la famille Morand puis utilisé tour à tour en salpêtrière, mairie, école et ferme, il échappera à la disparition. Vergers, jardins à la française, mélange de styles roman et gothique lui conféreront au XIXe siècle une image de ruine romantique dont Prosper Mérimée saura dire toute la beauté. Unique à bien des égards, l’abbaye de Beauport possède encore de nos jours l’ensemble de ses élévations originelles.

Site de la Région Bretagne:   www.bretagne-environnement.org

 

Association pour la Gestion et la Restauration de l’Abbaye de Beauport - AGRAB

 Kérity

22500 Paimpol

Tél. 02 96 55 18 55-  Fax 02 96 55 18 50

reservation.beauport@wanadoo.fr

Carte d'identité du site

Commune(s) : KERFOT (22) , PAIMPOL (22) , PLOUEZEC (22)

Surface protégée : 63.16 hectares

Protégé depuis : 1989

Nombre d'actes d'acquisition signés : 37

Jardin Balade Monument Ouvert au public

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