COTE DES AJONCS D'OR

Au septentrion des rivages de Bretagne, s’élèvent de terre comme de mer, de colossaux rochers de granit. Tels de multiples donjons naturels chargés de veiller sur les franges côtières, ils parsèment un bocage littoral ceint de hauts talus de pierres. Parmi eux, le Gouffre de Plougrescant plonge vers de dangereux récifs au regard desquels, les jours de tempête, la condition humaine retrouve l’humilité. Situé sur l’îlot de Kastell Meur Braz, le château majestueux, il est l’un des plus impressionnants promontoires granitiques de la côte. Phénomène géomorphologique rare, le système à deux tombolos de Castel Meur s’est formé au fil du temps sous l’action des houles et des courants de dérive. Aujourd’hui, trois cordons de galets, hauts de plusieurs mètres, enserrent deux lagunes saumâtres dont les eaux communiquent avec le milieu marin. Ces habitats sont d’un grand intérêt botanique. Traversés çà et là de remarquables filons de dolérite noire, les rivages de Plougrescant témoignent d’une intense activité volcanique qui, jadis, façonna le site. Sous l’influence d’un climat océanique tempéré où les vents soufflent en permanence, le paysage côtier décline de jour en jour de subtiles nuances. Tout au long de côtes rocheuses découpées, de cordons de galets multicolores, de pelouses rases, de landes serrées et de boisements épars, les lumières se font tour à tour diffuses ou éclatantes. Quand le baromètre est à l’anticyclone, brises de mer ou de terre irisent la surface des étangs saumâtres de Castel Meur. Les jours de grand vent, l’écume soulevée des eaux marines vient blanchir de ses flocons le tendre vert du gazon littoral et s’amoncelle en paquets onctueux au hasard des replis de la côte. Souvent faite de défi et de passion, l’histoire des hommes et de la mer se lit au hasard des formes inscrites sur les rivages. Quand, sur la grève, les courbes des canots bretons disent le courage des pêcheurs, les lignes brisées des rochers racontent la fureur des flots.

La flore

Sur les levées de galets qui enserrent les étangs et bordent les hauts de criques, les choux marins déploient leurs touffes généreuses. Que les aléas d’un temps agité les touchent, et ils renaîtront de leurs blessures en formant de multiples rejets. Proches des choux de culture par leurs larges feuilles frisées, ils contribuent, grâce à leurs souches puissamment ancrées dans le sol, à stabiliser les cordons mobiles. Au printemps, ils se parent d’une somptueuse floraison blanche rosée qui égaye les courbes minérales des amas de pierre. Rares à l’échelon régional, protégés, ils sont bien représentés sur le site. Herbes vivaces, les ruppies maritimes tapissent de leur feuillage vert clair les eaux saumâtres des lagunes. Elles sont une nourriture précieuse pour les cygnes et autres anatidés végétariens. L’inule perce-pierre a gagné les pieds de falaise et les ceintures humides des étangs. Ses fleurs dressées en son centre sont de véritables constellations aux couleurs jaune orangé. En bord de côte, dominent les pelouses rases dont la végétation, aspergée par les embruns, a développé de salutaires configurations. Ainsi, l’armérie maritime adopte un port en coussinet qui lui permet de se soustraire aux morsures du vent, les touffes bien serrées les unes contre les autres. À l’arrière des rivages, dans les sous-bois de pins, la patte-d’oie rouge aux feuilles en forme de hallebarde s’est installée à la faveur des déjections des oiseaux.

La faune

Parcourus par nombre d’oiseaux marins, les étangs de Castel Meur abritent sous leurs eaux saumâtres anguilles et mulets. Dans ces havres abrités, les larves ont loisir à grandir. Arrivées de la mer des Sargasses par le Gulf Stream après trois années d’errance, les civelles gagnent leurs destinations continentales. Après s’êtres rassemblées dans l’estuaire du Jaudy et des proches rivières océanes, les femelles remontent les courants tandis que les mâles se regroupent dans les eaux lagunaires. Aux abords des étangs, sur les tombolos de galets, se reproduisent grands gravelots et tadornes de Belon. Dans une cuvette peu profonde garnie de graviers et de coquillages, le grand gravelot pond des oeufs qui se confondent admirablement avec les galets alentour. Bien habile qui pourra discerner leur mimétisme. Tous les îlots granitiques de la côte sont fréquentés par les oiseaux marins. Là où l’homme n’a pas accès, subsistent des territoires sauvages que les cormorans huppés utilisent pour se sécher, les ailes en éventail, au retour de leurs profondes plongées à près de 20 mètres de fond.

Exceptionnel du fait de son paysage sauvage exempt d’urbanisation, le site de Castel Meur connaît une fréquentation des plus soutenues. Acquis à partir de 1980 par le Conservatoire du Littoral et co-géré en partenariat avec la Communauté de communes du Haut-Trégor, il fait depuis l’objet de travaux d’aménagements destinés à canaliser la fréquentation. Ainsi, les stationnements ont été reculés plus en arrière du littoral. Les cheminements ont été renforcés sur les parties les plus fréquentées, notamment autour du gouffre. Dans le cadre de contrats “Natura 2000”, la lande est gérée de façon à éviter qu’elle n’évolue en fourré pré forestier. Particulièrement sensibles, les cordons de galets tendent à se tasser et à s’imperméabiliser sous les pas des promeneurs. La végétation se dégrade et la faune nichant au sol est fragilisée. L’épaisseur des tombolos diminue du fait de multiples prélèvements. Des milliers d’années sont nécessaires à la formation d’un galet, un jour suffit pour qu’il disparaisse. Ici comme ailleurs, dans de trop nombreux cas, un décalage inconsidéré entre les réalités naturelles et certaines pratiques humaines peut être très préjudiciable. Pour sensibiliser le public à la richesse et à la fragilité des espaces naturels, la Maison du Littoral propose une exposition permanente qui permet de découvrir les différents milieux de la côte bretonne et les actions engagées pour leur sauvegarde. À la saison estivale, des balades nature sont organisées pour le public. Pour préserver le site et assurer votre sécurité, restez sur les sentiers et ne vous aventurez pas trop près des àpic du gouffre et des autres rochers. Bien qu’attirante, “La maison entre les deux rochers” est un lieu privé. Respectez la tranquillité des personnes qui y vivent.

Dès la préhistoire, les hommes exploiteront pour la fabrication d’armes et d’outils les multiples extrusions de dolérite présentes sur le site. De véritables digues ont été bâties autour des étangs naturels de Castel Meur. Elles furent conçues sous forme de murets de pierres par Jules Marie de Kerguezec, ingénieur résidant sur les lieux, qui, pour comprendre les effets de la mer, prit le temps de l’observer. De nombreux villageois participèrent à la construction de ces ouvrages particulièrement bien intégrés à leur environnement naturel. Ainsi, les étangs saumâtres furent-ils durablement protégés des assauts marins. Lors des marées d’équinoxe, d’ingénieux systèmes de vidange à trappes et buses servaient à écouler le trop-plein des eaux salées. Un peu partout au pays, murets et talus empierrés cernent des parcelles ancestrales qui, contrairement à nombre de terroirs bretons, n’ont jamais connu de remembrement. Côté champ, ils sont tapissés de terre, côté chemin, on les découvre maçonnés en pierres sèches. Ici, l’agriculture littorale produira jusqu’à la fin du XXe siècle pommes de terre de primeur et choux. La clémence du temps à Plougrescant permettait d’approvisionner, très tôt dans la saison, les populations locales et les habitants d’outre-manche.

Communauté de Communes du Haut-Trégor

Maison des services au Public - BP34

12 rue Lamennais

22 220 TREGUIER

02 96 92 33 46

www.haut-tregor.com

 

Office de tourisme du Trégor - Côtes d’Ajoncs

Port de Plaisance

22 220 TREGUIER

02 96 92 22 33

contact@tregor-cotedajoncs-tourisme.com

www.tregor-cotedajoncs-tourisme.com

Carte d'identité du site

Commune(s) : PLOUGRESCANT (22)

Surface protégée : 17.84 hectares

Protégé depuis : 1985

Nombre d'actes d'acquisition signés : 13

Ouvert au public

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