LES BLANCS SABLONS

Aux confins du Finistère, sur les rivages occidentaux du plateau du Léon, s’étire l’anse des Blancs Sablons. Bordée au sud-ouest par la presqu’île rocheuse de Kermorvan, elle recèle sur ses côtes d’immenses quantités de sable apportées par les vents depuis la fin de l’Âge du Fer. Modelés sans cesse par les influences océaniques, estrans et dunes ne revêtent jamais le même visage. Courants de dérives et houles balayent la grève et redessinent à chaque marée les contours littoraux. Lors des tempêtes, les bases dunaires sont sapées par la mer qui déferle avec force sur les faibles pentes de la plage. De part et d’autre de l’anse, de hautes dunes fossiles, vestiges d’anciens rivages, se sont perchées sur les contreforts rocheux. Elles culminent par endroits à plus de 30 mètres. Du côté de Kermorvan, rien ne bouge en apparence, si ce n’est une végétation enchevêtrée agitée par la brise. Les roches, vieilles de plusieurs centaines de millions d’années, semblent ici immuables. Dominant les passages maritimes, la presqu’île fut de tout temps un remarquable site défensif. Éperon barré celte, fort Vauban ou blockhaus allemands y retracent les épisodes d’une histoire tumultueuse. À l’extrême ouest, dans une vision réconfortante, jaillit à 14 miles à la ronde le faisceau à éclats blancs du phare de Kermorvan. Les nuits de brouillard, sa corne de brume retentit dans le lointain. Aux Blancs Sablons, univers de roche et de sable se mêlent étroitement et engendrent un étonnant paysage aux reliefs rudes et doux. De longues ondes de mer s’étirent en courbes d’écume et disparaissent soudain, comme absorbées par une multitude de grains infimes.

La flore

Ici, l’influence éolienne se lit à la forme des végétaux. En maints endroits, prunelliers et ajoncs arborent une silhouette dessinée par les vents. Cet anémomorphisme est caractéristique des faciès battus par les embruns. Au sud-est de la presqu’île de Kermorvan, dans des micro-cuvettes rocheuses inondées l’hiver et desséchées l’été, s’est installée une pelouse particulièrement rare en Bretagne. Isoètes des sables et ophioglosses du Portugal y poussent avec discrétion sur une fine couche de terre. Alentour, sur les anciennes terres de culture parsemées de tranchées et de blockhaus, s’entrelacent ronces, fougères, ajoncs et prunelliers. Le chiendent des sables joue un rôle important pour la fixation de la dune mobile. De ses longues souches rampantes, il tresse un épais réseau racinaire tel un tapis végétal qui s’ancre profondément dans le sol et limite l’érosion due au vent et à la mer. Cette herbe vivace précède le domaine de l’oyat qui s’étend jusqu’à la crête des dunes. Du printemps à l’été, l’abondante floraison jaune du gaillet des sables, les pavillons roses et blancs des liserons soldanelle et les fleurs bleues des chardons des dunes colorent avec chaleur les rivages.

La faune

Les dunes accueillent une faune aux comportements étonnants. Sur le sable chaud, l’escargot des dunes avance lentement. De ses tentacules, il palpe le sol et explore l’espace. L’atmosphère est torride, il lui faut se rafraîchir. Une tige d’oyat, l’aubaine. Il va enfin pouvoir quitter la fournaise. Grâce à son pied ventouse, il escalade la plante et se fixe pour se refroidir, la coquille obstruée par son mucus qui peu à peu durcit. Pour se protéger du bec des tournepierres et des bécasseaux qui arpentent la grève en petites bandes et survivre à l’émersion desséchante, mollusques, vers et crustacés s’enfouissent sous le sable. Aux beaux jours, l’alouette des champs s’élève dans le ciel et entonne de longues strophes claires et limpides. Séduction à destination des femelles ou leurre pour protéger leur nid au sol ? Si l’on en juge par le comportement des oiseaux et le regard admiratif des promeneurs, assurément les deux. Au-dessus des pelouses et des landes, c’est jour de noce, le tarier pâtre vole en dansant sa parade nuptiale. Pour se reposer de sa chorégraphie et guetter les insectes dont il se délecte, il se perche de piquets en branches tandis que dans le ciel, un autre prédateur joue avec les éléments. Le faucon crécerelle utilise le vent pour se stabiliser dans les airs. Face aux courants, il bat des ailes rapidement avant de fondre en oblique sur les rongeurs. À la limite des marées hautes, au moment de la pleine lune, les mouches de laisses de mer pondent leurs oeufs dans les amas végétaux.

Depuis les années 1960, les Blancs Sablons font l’objet d’une fréquentation estivale de plus en plus intense. Extrêmement dégradé par une ancienne pratique de camping sauvage, ce site a nécessité une intervention importante. Acquis par le Conservatoire du Littoral à partir de 1978 et co-géré depuis 2003 avec la Communauté de Communes du Pays d’Iroise, il bénéficie depuis de mesures de sauvegarde. Pour changer les comportements antérieurs tout en permettant aux vacanciers de profiter du littoral, des actions concrètes ont été engagées. Ainsi, un camping a été aménagé en retrait des côtes. Les cheminements épars ont été canalisés en sentiers cohérents. Les accès aux plages ont été structurés par la mise en place de passages équipés d’escaliers. Les stationnements, naguère diffus, ont été organisés en aires distribuées en retrait des côtes, le long de la route d’accès. Pour stabiliser et protéger les dunes dégradées par le piétinement, des plantations d’oyats ont été réalisées à l’intérieur de zones sensibles mises en défens par des ganivelles en châtaignier. Par toutes ces mesures, le site des Blancs Sablons, dont les dunes avaient reculé de près de 300 mètres dans les années 1980, a été progressivement réhabilité. Pour soutenir tous ces efforts, l’attitude respectueuse de chacun s’avère nécessaire. Se garer sur les aires appropriées et emprunter les sentiers autorisés y contribuent efficacement. Comme sur tous les sentiers côtiers, certains passages, notamment sur la presqu’île de Kermorvan, peuvent être dangereux. Le site recèle nombre de vestiges de la dernière guerre mondiale où vous risquez de chuter, aussi restez toujours sur les chemins balisés.

Divers objets archéologiques datant de plusieurs milliers d’années avant notre ère ont été découverts sur le site. Flèches, hachettes, ciseaux, grattoirs souvent réalisés avec les roches locales, attestent de la présence de nombreux peuples. Quelques vestiges de la période mégalithique subsistent, tel un cromlec’h pentagonal constitué jadis de 12 menhirs. À l’Âge du Fer, un double système de fossé-rempart protège l’accès de la presqu’île de Kermorvan au niveau de son isthme. Cet éperon barré sera au Moyen-Âge transformé en motte castrale. Une cache médiévale souterraine se situe non loin de là. Au début du XVIIe siècle, la forteresse de Kermorvan comprend un fort à six bastions, un double retranchement et un pont-levis. Durant la seconde guerre mondiale, le site sera truffé de défenses allemandes dont l’implantation détruira hameau et chapelle. Port du bout du monde et ancienne cité de cartographes marins, le Conquet est une commune prestigieuse au patrimoine riche et ancien. Chaque jour, les navires conquétois sortent en mer pour mouiller au large de la pointe Saint-Mathieu et autour des îles. Tourteaux, araignées, homards et langoustes sont péchés à l’aide de casiers et déversés dans des viviers ancrés sur rade. La ressource est périodiquement renouvelée aux alentours des sites de Béniguet, de l’Îlette et de la pointe de Penzer lors de repeuplements opérés par les pêcheurs.

Site de la Région Bretagne :  www.bretagne-environnement.org

 

Communauté de Communes du Pays d’Iroise

ZI Kerdrioual

29290 Lanrivoaré

Tel. 02 98 84 28 65 Fax : 02 98 32 43 37

Carte d'identité du site

Commune(s) : LE CONQUET (29) , PLOUMOGUER (29)

Surface protégée : 119.5 hectares

Protégé depuis : 1978

Nombre d'actes d'acquisition signés : 24

Balade Ouvert au public

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