TREAC'H ER GOURED

Émergence d’une échine dorsale culminant à près d’une trentaine de mètres au-dessus du Mor Braz, l’île de Houat offre une diversité de milieux remarquables. À ses extrémités Est, les paysages sont saisissants. Situé parmi les plus belles plages de Bretagne, le cordon dunaire de Treac’h ar Goured s’étire en arc de cercle sur plus de 2 kilomètres de long. Rejoint en son milieu par un petit vallon humide et protégé des vents d’ouest dominants, il y règne la majeure partie de l’année une ambiance apaisée que seules troublent parfois tempêtes et tornades. De l’océan aux parties sommitales, tous les types de dunes sont présents. Formations embryonnaires, blanches, grises et fossiles s’interpénètrent sans autres transitions que leurs singuliers cortèges végétaux. Au large de cette plage dérivée des latitudes chaudes, l’îlot d’Er Yoc’h semble veiller en gardien du temps. De l’autre côté d’un isthme fragile derrière lequel apparaît le blanc village de Houat, Treac’h ar Salus subit les fortes houles du sud-ouest. Lors des tempêtes d’automne et d’hiver, ses rivages s’affaissent par pans entiers. Pelouses et landes littorales n’ont pas ici loisir à grandir. De longues chenilles de bois hérissés marquent l’effort déployé par l’Homme pour conjurer les éléments naturels et ralentir l’érosion. Du côté de Beg Tost, alternent falaises et petites criques. Dans son génie créatif, la nature a sculpté dans les parois de granite d’étranges cônes traversés de veines de quartz et de lamelles de gneiss dont les formes évoquent d’improbables concrétions sorties de quelque grotte marine. S’enfonçant imperceptiblement dans les flots, les récifs de Beg Creïz et Beg Pell, véritables viviers à crustacés, montrent la direction de l’île voisine, Hoedic. L’île aux chevaux, convoitée de toujours pour ses précieux herbages, annonce les dernières terres du Sud avant le grand large.

La flore

À la croisée des influences méridionales et atlantiques, Houat bénéficie d’un climat propice à l’installation d’une végétation particulièrement riche. Plusieurs centaines d’espèces, représentant près du tiers de la flore morbihannaise, y poussent spontanément. Fleur emblématique s’il en est, le lis de mer fleurit en nombre durant l’été. Absente du continent, cette plante aux grandes fleurs blanches en forme d’entonnoir répand son parfum suave sur les dunes dans lesquelles elle s’enracine profondément. Non loin de là, l’ophrys de la passion, jolie orchidée au miroir bleuté dont la fleur ressemble à une araignée, se fait polliniser par les insectes trompés par son apparence. Sur la dune grise tapissée par endroits de tortules, petites mousses brunes sur lesquelles se détachent le blanc de la rose pimprenelle et le pourpre de l’ail à tête ronde, poussent la plupart des champignons à lamelles du site. Parmi eux, la coulemelle élevée et le pleurote du chardon bleu sont particulièrement appréciés des îliens. Propre à certaines îles du sud de l’Armorique, l’aubépine maritime s’est adaptée aux éléments en adoptant une forme prostrée qui lui permet de leur résister. Elle pousse en petits buissons, parfois entrelacée aux ajoncs de la lande. Si la végétation des dunes offre une grande diversité et une palette de couleurs somptueuses, la flore des falaises s’illustre par une capacité à s’adapter aux milieux les plus arides de l’île. La criste marine, ou perce-pierres, dont les tissus gras et juteux possèdent de remarquables propriétés antiscorbutiques, colonise les fentes des parois rocheuses et les interstices des éboulis dans lesquels elle insinue ses longues racines.

La faune

L’archipel de Houat, dont les îlots sont de véritables réserves biologiques, accueille une avifaune des plus rares. Puffins des Anglais et océanites tempête s’y reproduisent chaque année. Oiseaux marins par excellence, ces voyageurs infatigables ne regagnent leurs terriers qu’à la tombée de la nuit, après de longs vols au ras des flots. Telles des sentinelles noires perchées sur les promontoires rocheux, les cormorans huppés affectionnent les écueils sur lesquels ils se sèchent les ailes en éventail après leurs profondes plongées nourricières. Sur les grèves rocheuses de Beg Tost, les tournepierres à collier s’affairent à la recherche de petits crustacés. Pour surprendre leurs proies, ils retournent les cailloux du rivage d’un vif coup de bec. À l’écart des voies de passages les plus empruntées par la population de l’île, l’Est de Houat bénéficie d’une relative tranquillité. Une myriade de coquillages jonche la plage de Treac’h ar Goured. Parmi les coques, les amandes de mer et autres bivalves, il en est un au comportement étonnant. Le couteau, dont la couleur varie du rose au gris en fonction des sédiments dans lesquels il vit, s’enfonce profondément dans les sables. À la marée montante, il ressort pour naviguer en eau libre grâce aux mouvements de son manteau qui lui permettent de se déplacer à la vitesse moyenne de 500 mètres à l’heure. Les lapins ont conquis depuis longtemps les landes et les pelouses littorales. À toute chose, sa relativité. Si leurs terriers peuvent par endroits miner le sol, ils sont aussi particulièrement appréciés des tadornes de belon qui se les approprient pour nicher. Il n’est pas rare de voir se reposer des phoques gris dans les criques reculées ou sur les récifs émergés du bout de l’île. D’autres grands mammifères marins, tels les dauphins ou les globicéphales, croisent souvent au large. Parfois, il leur arrive hélas de s’échouer sur la plage.

Acquis par le Conservatoire du Littoral en 1979 sur une quarantaine d’hectares, le site de Treac'h ar Goured est depuis géré par la commune de Houat. Classé au titre de la loi de 1930, réserve de chasse agréée, intégré dans le périmètre Natura 2000 de l’archipel de Houat- Hoedic et de la pointe du Conguel, il fait l’objet d’une protection environnementale renforcée. Pour canaliser la forte fréquentation estivale et réhabiliter la flore des dunes, le camping a été déplacé en retrait de Treac'h ar Goured, à proximité d’une zone moins fragile. Le cheminement du public a été canalisé par la réalisation d’un réseau de sentiers pédestres dont un vaste linéaire a été protégé par la pose de films géotextiles et de passerelles en lattes de bois. Afin de résorber l’érosion dunaire et les siffle-vents ouverts par des passages intempestifs, des barrières de ganivelles ont été posées. Depuis, ces milieux fragiles se sont régénérés. Ils ont retrouvé leurs richesses floristiques et leurs faunes inféodées. Bien que conséquents, ces efforts ne peuvent aboutir sans la participation de chacun. Aussi est-il nécessaire de respecter les prescriptions, notamment les interdictions concernant les balades à cheval ou en 2 roues sur les sentiers protégés et les rejets des déchets et hydrocarbures, qu’ils proviennent des activités terrestres ou maritimes. Suivant les coefficients de marée, les courants marins peuvent être très importants. La plus grande prudence est donc requise.

Il y a près de 10 000 ans, le niveau de la mer était inférieur d’une trentaine de mètres à celui actuel. Houat était alors reliée au continent et fréquentée par les hommes du mésolithique. Durant les millénaires qui suivront, avec la remontée de la mer, les collines littorales se transformeront peu à peu en îles et écueils. L’îlot d’Er Yoc’h, situé à quelques encablures de la plage de Treac’h ar Goured, constituera durant cette période un poste avancé pour la pêche et la chasse. Tout au long de son histoire, Houat connaîtra maintes invasions. En l’an 900 de notre ère, les vikings la transformeront en désert humain, la vidant de toute population. Puis, au fil des siècles suivants, pirates bretons, anglais, hollandais et autres marins sinistres écumeront les côtes de l’île. Les flottes régulières ne seront pas en reste pour les razzias de tout acabit. Au XVIIe siècle, pour contrecarrer les attaques ennemies, une tour-réduit de style Vauban sera érigée à En Tal. Deux siècles plus tard, sur le même site, un fortin verra le jour. Au XVIIIe siècle, les échos de la bataille des Cardinaux, qui vit la défaite de la marine française, retentiront sur ces côtes. Activité traditionnelle s’il en est, la pêche confère à Houat une identité des plus fortes. Elle constituera au fil du temps une ressource importante pour cette île. Le port d’Er Beg sera construit en 1915 en limite sud de la grande plage. Sa digue, bâtie par des prisonniers allemands avec les moellons d’une ancienne fortification, sera détruite en 1951 par une redoutable tornade. Ce havre déchu cédera alors la place au port actuel. Sur cette portion de littoral couverte de pelouses et de landes, paissaient encore il y a quelques dizaines d’années troupeaux communaux et privés. Lors de la floraison des immortelles des dunes, le beurre fabriqué sur l’île prenait un goût de carry indien. Pour compléter l’alimentation du bétail, les herbages étaient fauchés sur l’île aux chevaux. Comme le prévoyait la charte des îles de Houat et d’Hoedic, chacune des communautés en bénéficiait alternativement d’une année sur l’autre.

Site de la Région Bretagne : www.bretagne-environnement.org

 

Mairie de Houat

Le Bourg

56170 Île de Houat

Tél. 02 97 30 68 04

mairie-houat@wanadoo.fr

Carte d'identité du site

Commune(s) : ILE-D'HOUAT (56)

Surface protégée : 51.65 hectares

Protégé depuis : 1981

Nombre d'actes d'acquisition signés : 5

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