POINTE DU MILLIER

Bordant le sud de la mer d’Iroise comme autant de promontoires rocheux échappés des côtes de Cornouailles, les pointes du Nord - Cap Sizun présentent de sublimes paysages primaires que les temps actuels, pourtant si prompts à modifier ailleurs des siècles d’histoire, ne semblent pas avoir touchés. De la pointe de la Jument à la pointe du Van, elles déclinent, au hasard de leurs reliefs abrités ou exposés, une diversité d’habitats remarquables. Falaises abruptes, landes colorées, pelouses rases, vallons ombragés y alternent de riches cortèges végétaux. Sculptées par une lente érosion ou par de soudaines tempêtes, plus de 10 pointes offrent, tour à tour, formes apaisées ou tourmentées. À l’est de la pointe du Millier, où rondeurs et faibles pentes dominent, un ruisseau serpente parmi de gros blocs de pierre recouverts de mousses. Dans ce quiet vallon qui débouche sur la mer par une plage de gros galets, les hommes ont fait tourner un temps d’originaux moulins.

De l’autre côté du Millier, là où s’allument de nuit les feux d’un sémaphore, les embruns du levant ont dénudé la roche et arasé la végétation. Ailleurs, d’autres combes sourceuses, où poussent petites roselières et saules épars, ont été suspendues au hasard de quelque effondrement de côte. Çà et là, de rares petites plages permettent un accès à la mer. À mesure que l’on s’avance vers l’ouest, les pointes Nord-Cap Sizun s’élèvent pour atteindre par endroits près de 70 mètres de haut. Refuges pour les hommes à l’Âge du fer, elles abritent de nos jours dans leurs à-pic vertigineux une abondante avifaune marine. Au coeur du littoral, la réserve de Goulien, véritable dédale de falaises et d’îlots, accueille d’importantes colonies d’oiseaux.

La flore

Sur les falaises atlantiques, parmi les lichens noirs, jaunes ou gris qui s’accrochent à la roche, vivent des plantes particulièrement bien adaptées aux embruns. À la limite des hautes mers, une fougère à l’écologie tropicale, la doradille marine, pousse au creux de petites fissures. Plus haut, les perce-pierres et les cochléaires officinales résistent aux conditions arides grâce à leurs épais tissus protecteurs. Les spergulaires des rochers ont développé une toute autre stratégie. De leurs longues racines pivotantes, elles s’ancrent puissamment dans les fentes minérales pour puiser leur nourriture. Çà et là, de petites touffes d’arméries et de silènes maritimes se sont implantées sur les ressauts de microterrasses avant de se répandre sur les pelouses littorales où elles offrent au printemps, en compagnie des fétuques rouges et des jacinthes bleues, leurs admirables floraisons roses et blanches. Sur les versants ouest des pointes, de vastes landes rases bordent les affleurements rocheux. Constituées de callune, de bruyère cendrée et d’ajonc d’Europe, elles côtoient, en lisière de sentiers et de pâtures, scille printanière et thym serpolet. Abritée des vents de nord-ouest dominants, la végétation s’élève côté est pour former de hautes landes à prunelliers et de petits bosquets de pins ou de cyprès. Au creux des vallons, s’étagent osmondes royales, saules et frênes. À leurs exutoires, de petites roselières à phragmites ont colonisé par endroits les dépressions humides. D’originaux peuplements de sphaignes se sont installés sur les parois suintantes de quelques pointes rocheuses.

La faune

Visibles de l’extrémité des pointes du Nord Cap Sizun, de nombreuses variétés de mammifères marins fréquentent la baie de Douarnenez. Phoque gris à profil horizontal, dauphin commun joueur, Grand dauphin souffleur, dauphin de Risso sans bec, marsouin commun solitaire ou globicéphale grégaire offrent chacun une palette de comportements originaux. Les phoques gris se reposent de jour sur les grèves rocheuses et les écueils isolés. Lors de leur période de reproduction, mâles et femelles jeûnent durant plusieurs semaines. En regard d’autres espèces de mammifères évolués, ils laissent songeur quant à leurs capacités physiologiques. Les dauphins communs ou dauphins des Anciens aiment jouer dans le sillage des bateaux qui croisent au large. Friands de poissons, ce sont des plongeurs émérites qui peuvent aller jusqu’à 280 mètres de fond. Les falaises escarpées sont le refuge des oiseaux de mer. En livrée noire et blanche, les guillemots de Troïl nichent sur les parois inaccessibles à l’homme. À la saison des nids, ils se distinguent par des cris bruyants qui résonnent dans le lointain. La plus grande colonie française de mouettes tridactyles vit ici depuis les années 1980. Très sensibles à la prédation de leurs oeufs et de leurs poussins par les corvidés et les laridés que sont les goélands, elles font l’objet d’une stricte protection. Devenus rares en Bretagne, grand corbeau et faucon pèlerin semblent avoir trouvé au Nord Cap Sizun l’un de leurs derniers sanctuaires. Sur les pelouses rases, à la recherche de larves et d’insectes, les craves à bec rouge vont par deux, quelquefois sous le regard curieux d’un drôle de merle albinos qui semble tout droit sorti d’un conte de fée.

De la pointe de la Jument à la pointe du Van, les côtes Nord Cap Sizun présentent, sur plus d’une vingtaine de kilomètres de rivages, des enjeux paysagers et naturalistes majeurs. Acquises par le Conservatoire du Littoral depuis 1983 et gérées par la Communauté de Communes du Cap Sizun, les pointes du Millier, de Kastel Koz, de Penharn et de Castel Meur font depuis l’objet d’une gestion différenciée. Ainsi, afin de canaliser les flux, des aires de stationnement ont été aménagées en retrait des côtes. Depuis la déprise agricole de la fin du XXe siècle, landes hautes et fourrés ont tendance à se développer aux dépens des pelouses et des landes rases. Ainsi, pour pallier cette fâcheuse évolution, des chantiers de fauche sont pratiqués. Les boisements vieillissants sont entretenus. De précieux suivis naturalistes sont assurés, notamment par l’équipe de la réserve de Goulien. Grâce à l’engagement de l’association “moulin de Kériolet” et aux concours de la commune de Beuzec, du Conseil Général du Finistère et de la Fondation du Patrimoine, le moulin de Kériolet est progressivement restauré. Certaines pointes, comme celle du Millier, connaissent une fréquentation soutenue et nécessitent, pour éviter le piétinement des sols, le respect de leurs cheminements côtiers.

De nombreux gisements ou ateliers lithiques de surface ont été retrouvés tout au long des côtes du Nord Cap Sizun. Ces vestiges de taille de pierre attestent d’une présence humaine qui remonte bien au-delà du mésolithique. Ici, comme ailleurs en Bretagne, la civilisation mégalithique a laissé de monumentales traces. À la pointe du Millier, un menhir couché datant du néolithique, appelé “pierre branlante” ou “barque de Saint- Conogan”, est une curiosité rare. À l’Âge du fer, les promontoires escarpés s’enrichiront d’impressionnants éperons barrés. Érigés en travers des parties les plus étroites des pointes, de hauts talus bordés de douves protégeront à cette époque des camps retranchés qui accueilleront, selon les oppidums, de cent à cent cinquante habitations. Divers objets furent retrouvés sur ces sites tels une épée en fer, des pointes de flèche, de nombreux tessons de poterie… Un moulin à grande roue verticale sera bâti en 1868 au creux du vallon de Kériolet, en amont de deux très anciens moulins à pirouette. Chef d’oeuvre d’intégration paysagère, il témoigne d’une époque où la vie locale fonctionnait en autarcie. En 1881, un sémaphore équipé d’un phare sera construit à la pointe du Millier. Automatisé à la fin du XXe siècle, il sert toujours de repère pour de nombreux navires. Le port-abri de Heign Hass, le chemin du chat, construit en 1892 au pied des falaises de la pointe de Penharn, est un débarcadère qui accueillera au fil du temps, quelle que soit la marée, canots et chaloupes de pêche puis bateaux de plaisance.

Site de la Région Bretagne :   www.bretagne-environnement.org

 

Communauté de Communes du Cap Sizun

Rue Renoir 29770 Audierne

Tél. 02 98 70 16 00

cccapsizun@wanadoo.fr

 

Commune de Beuzec Cap Sizun

Bourg

29790 Beuzec Cap Sizun

Tél. 02 98 70 40 79

beuzec.cap.sizun@wanadoo.fr

Carte d'identité du site

Commune(s) : BEUZEC-CAP-SIZUN (29)

Surface protégée : 63.59 hectares

Protégé depuis : 1984

Nombre d'actes d'acquisition signés : 10

Balade Monument Ouvert au public

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