ILE MILLIAU

Par-delà le chaos granitique du Castel, l’Île Milliau, reliée au continent à marée basse, a gardé un charme rare. À mesure que la mer recouvre le tombolo sableux de l’île la plus méridionale du Trégor, de violents courants se forment. Ils interdiront bientôt tout passage. Arrivé sur la partie orientale de l’île, un chemin pentu s’élève à travers bois. Pour peu, l’on se croirait à flanc de colline. C’est que Milliau est une terre haute et massive, constituée de ce granite rose surgi du magma il y a 300 millions d’années. À cette période, la chaleur fut telle que les couches sédimentaires antérieures furent cuites par la lave en fusion et formèrent à l’ouest une roche sombre, “la cornéenne”. Au bas des falaises, un pied posé sur chacune de ces deux roches, vous contemplez 7 millions de siècles d’histoire géologique. Sur le versant abrité tourné vers le continent, s’élèvent d’anciennes plantations d’arbres qui forment rideau et au travers desquelles s’égraine un chapelet d’îlots rocheux.

À hauteur du plateau, “Milliau la forestière” se transforme pelouses rases. en “Milliau la lande” avec de hauts fourrés d’ajoncs et de prunelliers. De verdoyantes prairies entourées de talus marquent le domaine où les hommes se sont installés depuis le néolithique.

De l’autre côté de la ligne de crête, l’île dévoile sa face orientée vers le large et battue par les embruns. Des affleurements rocheux, parsemés de cuvettes creusées par l’érosion, y émergent parmi des landes rases et des pelouses littorales qui s’étirent jusqu’au bord des falaises. Par endroits, la côte s’est couverte d’étonnantes roselières qui, sous le vent, agitent leurs plumets soyeux. Face à l’archipel Molène, se déploie la seule petite plage de l’île. Au contact des eaux souterraines qui lentement ont désagrégé la roche, un quiet vallon s’est creusé. Une fontaine y coule claire et paisible.

La flore

L’île Milliau, tel un haut losange minéral, présente sur ses multiples facettes une végétation des plus contrastées. Sa flore, exposée de part et d’autre de sa ligne de crête aux influences maritimes et continentales, compte 272 espèces recensées. Sur la côte “au vent”, s’étage tout un cortège de plantes friandes de sel. Le plantain maritime, aux feuilles charnues et parfois dentées, colonise le haut estran recouvert lors des fortes marées. À l’assaut des falaises, les racines bien insérées dans les fissures, la criste marine répand l’été venu son odeur épicée. Arméries et silènes maritimes ponctuent de leurs fleurs roses et blanches les pelouses littorales qui s’étirent jusqu’aux limites des projections salées. La callune, cette fausse bruyère, installée là où règnent embruns, sécheresse et pauvreté du sol, cède progressivement sa place à des comparses plus exigeantes comme la fougère aigle et la ronce, qui aiment les sols plus profonds de l’intérieur de l’île. Vers la côte “sous le vent”, la végétation protégée grandit à la recherche de la lumière. Sur ce versant abrité, les silhouettes des arbres et arbustes se redressent peu à peu et, à l’image des cyprès, des pins, des chênes et des châtaigniers, s’élèvent droit vers le ciel. Dans les vallons humides, l’osmonde royale, plante rare et protégée, pousse à proximité des eaux résurgentes et des zones ombragées.

La faune

Quelques pêcheurs à pied s’affairent à leurs dernières prises alors que la mer se referme autour de l’île. Coques, couteaux et palourdes vont pouvoir respirer ainsi que l’abondante faune marine présente sur les côtes rocheuses. 47 espèces d’oiseaux ont été observées sur l’île, 32 s’y reproduisent. À marée basse, les huîtriers pie, de leurs pattes et bec rouges, écument la grève à la recherche de mollusques tandis que les tournepierres à collier, en livrée brunâtre d’hiver, déplacent inlassablement algues, coquilles et petits cailloux. Le grand corbeau, ce géant parmi les passereaux, nichait naguère sur les hauts rochers surplombant le vallon des fées. Est-ce un coup du sort ou le dérangement occasionné par les promeneurs qui le fit s’envoler vers d’autres falaises ? Hôte typique des landes à bruyères et ajoncs, la fauvette pitchou apparaît tel l’éclair au sommet des buissons puis chante en babillant une strophe brève et rapide avant de se cacher à nouveau. Sur l’île, vit un couple de renards. Il régule la nombreuse population des lapins de garenne qui abroutissent les pelouses rases.

Du fait d’une insularité marquée et d’une fréquentation équilibrée, l’île Milliau apporte au visiteur une quiétude exceptionnelle. Acquise par le Conservatoire du Littoral en 1984, co-gérée par la commune de Trébeurden et la Communauté d’agglomération de Lannion Trégor, elle fait depuis l’objet de mesures de gestion concertées. Des cheminements ont été aménagés pour permettre une découverte respectueuse des différents habitats. Pour éviter la fermeture du milieu par le fourré pré forestier, l’entretien des prairies est assuré par le pâturage de moutons d’Ouessant. Des zones envahies par les fougères et les ronces sont régulièrement réouvertes lors de chantiers de coupe et de fauche. La forêt de l’île, constituée d’anciens peuplements de résineux introduits, est progressivement régénérée par la plantation de feuillus tels le frêne, l’orme champêtre ou le hêtre. Protégé et rénové dans l’esprit des lieux, le patrimoine bâti reste cependant fragile, notamment en ce qui concerne l’allée couverte. Un piétinement trop marqué à ses abords risque d’en déchausser les piliers, aussi est-il préférable d’admirer ce monument à distance.

Un gîte d’étape géré par la commune, en totale autarcie énergétique renouvelable, équipé de matériels à faible consommation, accueille aux saisons estivales les visiteurs qui souhaitent dormir sur l’île. Toute autre présence nocturne est interdite. L’île Milliau est une terre fragile qui s’offre à qui sait la respecter. Emprunter les sentiers tracés, ne pas se rendre sur les espaces interdits permet de préserver ce site remarquable.

 

Il y a près de 6000 ans, l’île Milliau, fréquentée par les hommes du néolithique, faisait encore partie du continent. Les côtes de Bretagne s’avançaient alors jusqu’aux limites des marées basses actuelles. L’île était une colline de bord de mer. Cette situation de promontoire la prédestina sans doute pour l’élévation d’une allée couverte, construction mégalithique destinée aux défunts et aux rassemblements spirituels. Des populations successives vivront sur l’île en pratiquant pêche, chasse, cueillette, culture et élevage. Des traces de huttes gauloises attestent la présence de ce peuple celte.

Au début du Moyen-Âge, des moines évangélisateurs venus du Pays de Galles ou d’Irlande y bâtiront une cellule monastique semi-enterrée couverte de dalles massives, aujourd’hui intégrée dans l’angle extérieur du gîte. Milliau fut également une île d’agriculture où nombre de paysans exploiteront ses terres fertiles riches en loess, particules minérales soulevées des fonds marins jadis asséchés et transportées par les vents glaciaires.

Un corps de ferme, construit à proximité d’une source, hébergera pendant des siècles des générations d’agriculteurs et ce jusqu’à la fin des années 1950. Puis, du spirituel et de la nécessité, l’île passera à la villégiature. Au début du XXe siècle, Aristide Briand et Lucie Jourdan feront de Milliau, pour un temps, leur espace de vie.

 

Site de la Région Bretagne  : www.bretagne-environnement.org

Il existe sur ce site des possibilités d'hébergement.

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22560 Trébeurden Tel. 02 96 23 51 64

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Carte d'identité du site

Commune(s) : TREBEURDEN (22)

Surface protégée : 22.76 hectares

Protégé depuis : 1983

Nombre d'actes d'acquisition signés : 2

Balade Monument Ouvert au public

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