ILUR

Émergeant au sud-est de l’île d’Arz à 17 mètres de haut, Ilur est l’île la plus centrale des îles du golfe du Morbihan. À la croisée des influences orientales et occidentales, septentrionales et méridionales, cette terre de granite, de gneiss et de micaschiste présente des caractéristiques singulières. Mélange d’habitats continentaux et d’habitats côtiers tels que boisements, fourrés, prairies bordées çà et là de murets de pierres, pelouses littorales, mares et préssalés y composent un paysage bocager maritime d’une grande valeur écologique et paysagère. Le long de la côte sous le vent abritée des courants dominants, s’étirent de larges vasières qui se découvrent à marée basse sur plusieurs hectares. Des prés-salés riches d’une flore colorée, où dominent lavandes de mer et obiones argentées, bordent la pointe de Toultrou. Plus au sud, ce milieu frangé de microfalaises s’étend jusqu’à l’extrémité de la pointe de Bern. À certains moments de l’année, les surfaces ennoyées de l’île augmentent. Le schorre de la baie de la Chapelle, submergé par la mer lors des grands coefficients de marée, s’inonde durant l’hiver. Au sud-ouest de l’île, houles et embruns ont sculpté dans de petites falaises rocheuses un décor minéral surprenant dans lequel les cristes marines déploient leur feuillage en forme de cornes d’élan. Côtes basses sableuses et rocheuses prolongées en maints endroits de pelouses littorales rases apportent une large perspective, ce qui permet à la faune de voir de loin et d’évoluer en toute tranquillité. De nombreux types de couverts buissonnants et forestiers, dont certains s’avancent jusqu’aux rivages, apportent l’intimité dont certains animaux ont besoin, comme le Sylvain azuré, papillon lié au chèvrefeuille. Saulaie de bord de mare dont les racines traçantes abritent grèbes et poules d’eau, sombres sous-bois de chênes verts riches en champignons, boisement plus lumineux à ormes, chênes pédonculés et églantiers où se réfugient pics et éperviers, résineux implantés aux abords d’un joli hameau où le temps semble s’être suspendu constituent ici un patrimoine forestier remarquable.

La flore

Grâce à son climat atlantique doux et humide, à des précipitations bien réparties et à ses milieux variés, Ilur possède une flore d’une belle diversité. Celle-ci compte plus de 80 variétés de champignons et, avec l’île d’Arz voisine, 138 espèces de plantes. Certaines d’entre-elles sont particulièrement représentatives de ce carrefour biogéographique, à l’exemple de la linaire de Pellicier qui possède de jolies fleurs violettes et de la linaire des sables dotée de pétales jaunâtres et de poils collants. Toutes deux sont inscrites sur la “liste rouge des espèces végétales rares et menacées du Massif Armoricain” et sur la liste des “espèces protégées en Bretagne”. Soude ligneuse, sousarbrisseau vivant à proximité des salicornes sur les hauts de prés-salés, et dompte venin, plante toxique inféodée aux habitats sablo-caillouteux, témoignent également par leur présence en limite nord d’aire de répartition de la clémence des températures de l’île. Côté champignons, le cèpe tête-de-nègre, inféodé au chêne vert présent sur le site, est aussi un bon indicateur car il est caractéristique des espèces méditerranéennes. Deux espèces de zostères, herbes vivaces implantées en milieux marin et très prisées des oies et des canards, colonisent les rivages de faible profondeur : la zostère marine, à la baie de la Chapelle et la zostère naine, dans la baie de Toultir.

La faune

Du fait de la diversité de ses habitats, Ilur joue un rôle important au niveau de l’accueil des oiseaux nicheurs, hivernants et migrateurs. Plus de 100 espèces ont été observées sur l’île et son estran. À la baie de la Chapelle, la slikke découverte au jusant attire de nombreux limicoles. Dotés de becs droits, concaves ou convexes en fonction de leurs régimes alimentaires, ils arpentent la grève à la recherche de nourriture. De forts cris aigus résonnent dans le lointain. Ce sont les huîtriers pie qui chantent. Ces robustes échassiers au plumage blanc et noir n’ont pas leur pareil pour capturer moules et coques qu’ils ouvrent en les martelant avec leur long bec rouge orangé. De plumage plus mimétique mais tout aussi efficace, les courlis cendrés ont développé une autre technique. Ces oiseaux utilisent leur bec courbe équipé de cellules sensibles pour détecter leurs proies dans la vase. Certains ont des menus plus variés au moment de leur reproduction, tels les chevaliers gambettes qui dédaignent alors mollusques et crustacés pour s’offrir insectes et araignées. D’autres oiseaux fréquentent Ilur, comme les grèbes à cou noir et les canards souchets qui évoluent sur les mares arrière littorales, les tadornes de Belon qui nichent en groupe sur “la Montagne”, les hérons cendrés et les aigrettes garzettes dont les nids sont bâtis sur les cyprès de Lambert.

Acquise par le Conservatoire du littoral en 2008, Ilur est gérée par le SIAGM, organisme de préfiguration du Parc Naturel Régional du Golfe du Morbihan. Elle est intégrée dans deux zones Natura 2000, l’une classée en “Zone Spéciale de Conservation” pour la richesse de son patrimoine naturel, l’autre en “Zone de Protection Spéciale” pour la préservation des oiseaux sauvages. Elle fait également partie du périmètre du Schéma de Mise en Valeur de la Mer du Golfe du Morbihan. Plusieurs périmètres de protection de sites archéologiques y sont délimités. Pour permettre aux visiteurs de découvrir la richesse patrimoniale d’Ilur sans en altérer la qualité et déranger les oiseaux nicheurs, deux boucles pédestres ont été aménagées sur l'île. Depuis quelques années, le contingent des sternes Pierregarin nichant sur les îles et les îlots du golfe du Morbihan a augmenté, notamment grâce à la mise en place de barges qui leur servent de site de nidification, comme celle ancrée à proximité de l’îlet de Charles. Dans le cadre du partenariat entre le Conservatoire et le SIAGM, un projet pédagogique est mis en oeuvre. Celui-ci devrait concerner l’accueil à la journée des écoles du territoire du PNR, de même que quelques familles attirées par l’écotourisme, lors de séjours à la semaine. Ainsi protection et fréquentation s’avèrent compatibles, dans la mesure où la dimension patrimoniale prise en compte en amont permet de proposer au public une utilisation respectueuse du site.

L’occupation d’Ilur est très ancienne puisqu'un gisement de galets taillés datant de la période paléolithique a été découvert à sa pointe sud. À l’époque romaine, le point culminant de l’île servait de poste d’observation à une garnison. Atelier de briquetage et ateliers de bouilleurs de sel étaient alors en pleine activité sur le littoral. C’est à l’emplacement de l’ancienne église bâtie par les moines du diocèse de Vannes au XI e siècle que sera érigée en 1882 la chapelle Notre Dame de Lourdes, vouée à la protection des marins, où se déroule encore de nos jours un pardon très prisé des Ildarais. Jusqu’au milieu du XX e siècle, la population Ilurienne était composée en majorité de paysans qui élevaient poules, moutons et vaches et cultivaient leurs potagers. Une grande partie des terres de l’île produisait de la vigne, dont le fameux cépage Noah, et des céréales à partir de champs agencés en sillons. Quelques marins de commerce y habitaient. En 1923, la Société du Varech s’y installa. Nombre de parcelles servirent alors à l’épandage du goémon et de pâtures aux bêtes de somme, et ce jusqu’à la fermeture de la compagnie, à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 50, le paysage côtier de l'île s’enrichit de nombreux parcs à palourdes pendant que l’intérieur des terres connaissait la déprise agricole. Petit patrimoine et cultures furent laissés à l’abandon jusqu’à la réhabilitation du hameau, entre 1980 et 1985, et la transformation progressive des cultures traditionnelles en pâtures.

Site de la Région Bretagne:  www.bretagne-environnement.org

 

Syndicat Intercommunal d’Aménagement du Golfe du Morbihan (SIAGM)

8 boulevard des îles

56000 VANNES

Tél. : 02 97 62 03 03

siagm@golfe-morbihan.fr

www.golfe-morbihan.fr

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Carte d'identité du site

Commune(s) : ILE-D'ARZ (56)

Surface protégée : 37.7 hectares

Protégé depuis : 2008

Nombre d'actes d'acquisition signés : 5

Ouvert au public

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