LANDES ET PRAIRIES DE L'ILE AUX MOINES

Baignée à l’ouest par les courants de marée du goulet de Port Navalo et à l’est par les eaux calmes du bassin oriental du Golfe du Morbihan, l’Île aux Moines recèle une longue histoire où phénomènes naturels et présences humaines se sont étroitement imbriqués au cours des millénaires. Émergeant de “la petite mer” à quelque 30 mètres de haut, la plus grande île du Golfe accueille dans sa partie sud une grande diversité d’habitats. À Penhap, franges littorales, landes, prairies, friches et boisements se succèdent sans autres frontières que leurs lisières naturelles. Naguère cultivées en petites parcelles, les terres de l’île forment un bocage cloisonné de murets de pierres où, depuis la déprise agricole des années 1980, une végétation sauvage s’est peu à peu développée. À l’époque néolithique, alors que le Golfe n’était qu’une vaste plaine traversée de cours d’eau, cette ancienne colline fut le refuge de nombreuses populations.

De multiples traces de leur présence jalonnent encore le site. Monumentales ou discrètes, elles nous enseignent la relativité des temps présents. Dans les anciens chenaux de rivières envahis par la mer, algues, poissons et autres habitants vivent au rythme du flot et du jusant des courants de marée. Petites vallées sous-marines et hauts fonds se partagent ici une biodiversité remarquable.

La flore

Cernée d’une mer intérieure sur laquelle se reflète le soleil, l’île aux Moines bénéficie à certains moments de l’année de températures voisines de celles des latitudes méridionales. 350 espèces de plantes y ont été recensées. Sur les hauts de plage, la discrète linaire des sables, dont la fleur jaune à la forme d’un mufle, a la particularité de coller aux doigts et d’agglomérer les grains de sable. Les asphodèles d’Arrondeau, protégés au niveau national, sont sans doute les plantes les plus emblématiques du site. D’avril à mai, ils couvrent de leur longue hampe florale les sols pauvres de l’île. La version méditerranéenne de cette liliacée, l’asphodèle blanc, était considérée par les Grecs de l’Antiquité comme un végétal sacré qui nourrissait l’âme des morts et fleurissait les prairies des Champs Élyséens. Dans les milieux secs, non loin des bruyères cendrées, des ajoncs d’Europe et des callunes, pousse la jasione des montagnes, jolie campanulacée aux fleurs bleu ciel. L’orchis à fleurs lâches colonise les prairies humides qu’il teinte au printemps de touches violettes. Sur les murets de pierres qui bordent jardins et parcelles, pousse une végétation rupicole. Les cymbalaires des murs, appelées aussi ruine-de-Rome, aiment les vieux murs ombragés ou humides. Plantes vivaces, elles possèdent de mignonnes petites fleurs violet pâle dont le centre est jaune. En compagnie des nombrils de Vénus, des polypodes et des lichens, elles égayent les couleurs minérales de la roche.

La faune

Avec près des 2/3 de l’avifaune européenne, le Golfe du Morbihan est sans conteste l’un des hauts lieux de l’ornithologie en Bretagne. Milieux diversifiés, ressources abondantes, multiples îles et vaste estran découvert à marée basse lui confèrent cette vocation particulière. Cependant, la répartition des oiseaux y est très inégale selon les secteurs. Sur les îles à fort couvert de friches, de landes et de fourrés, comme ici dans le secteur de Penhap, ce sont les passereaux qui se distinguent. De nombreuses espèces de fauvettes nichent dans les buissons épais, chacune de façon distincte. Alors que le nid de la fauvette noire est construit par les deux partenaires, celui de la fauvette des jardins est ébauché à plusieurs exemplaires par le mâle afin que sa femelle puisse choisir celui qu’elle terminera avec lui. Côté mer, ce sont les goélands qui dominent, quelquefois au détriment d’autres espèces plus farouches telles les sternes. Celles-ci aiment nicher sur les îlots ou sur les pointes rocheuses difficiles d’accès. Oiseaux pêcheurs par excellence, les sternes Pierregarin ou caugek, après avoir repéré leurs proies lors d'un vol stationnaire, sont capables de piqués foudroyants. Leur capacité à changer soudain de direction est surprenante. Ce sont parmi les plus grands migrateurs au monde. En hiver, des centaines de bernaches cravant se nourrissent dans les herbiers de zostères de l’anse du Nioul. Après leur reproduction sur les côtes arctiques de Sibérie, ces petites oies foncées hivernent ici avant de reprendre au printemps la direction du Grand Nord.

Riche de plus d’une quinzaine d’unités naturelles originales, le site de Penhap est propriété du Conservatoire du Littoral depuis 1980. Confié en gestion à la commune de l’île aux Moines, il fait depuis l’objet de mesures de protection concertées. Nombre de parcelles, jadis cultivées, tendaient à l’embroussaillement. Aussi, afin de préserver la diversité des milieux ouverts, divers chantiers de restauration ont eu lieu. À certains endroits, c’est un cheptel de bovins qui pâture désormais, sur près de 10 hectares, les prairies entre Kerbozec et la pointe de Brannec, classées en partie réserve de chasse. Le petit patrimoine, çà et là noyé dans la végétation, est progressivement restauré, notamment au niveau des murets. Ainsi, chemin faisant, l’île renoue avec l’image de son passé agricole. Des cultures de sarrasin, réalisées en partenariat avec l'association de chasse locale, servent à nourrir la faune sauvage. Ces espaces à haute valeur écologique favorisent par ailleurs la diversité des insectes, maillons essentiels pour de nombreuses chaînes alimentaires. Pour éviter l’envahissement de zones naturelles par des plantes telles les baccharis ou les renouées du Japon, une vigilance particulière est de mise. Les Amis du Paysage et de la Maison du Patrimoine, partenaires associatifs, entretiennent un verger conservatoire planté à leur initiative. Des sentiers de découverte sont peu à peu redessinés par l’équipe technique de gestion communale. Ils permettront à terme de découvrir, sans les altérer, les différents habitats du site. Encore préservé du piétinement grâce à sa situation éloignée du port d’accès, Penhap nécessite cependant le respect des cheminements autorisés. Au hameau de Kergonan, la Ferme du Cromlec’h vous invite à découvrir, au travers d’une muséographie, la richesse des espaces naturels de l’île ainsi que son patrimoine historique et archéologique remarquable.

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Le golfe du Morbihan, par sa situation géographique exceptionnelle, fut au Néolithique le théâtre d’une concentration unique de monuments mégalithiques. À l’île aux Moines, on en dénombre une douzaine qui représente la quasi-totalité des types d’élévations. Marque de puissance de sociétés sédentarisées et véritable architecture fonctionnelle ou spirituelle, ils ont été souvent érigés sur les buttes de l’île. Parmi eux, le Cromlec’h d’Er Anké à Kergonan est sans doute le plus spectaculaire avec ses 24 menhirs dressés disposés en cercle et ses 95 mètres d’ouverture orientée au sud-est. Lieu de culte, il se distingue des sépultures que sont les dolmens. Ceux de Kerno et d’Er Boglieux sont particulièrement bien conservés. Le dolmen de Boglieux, dit de Pen- Hap, est une ancienne sépulture à galerie qui date du néolithique moyen. Quelques précieuses gravures ornent les parois de l’édifice. Sur les rivages de l’anse du Guip, un chantier naval construit encore des bateaux en bois. Voiliers historiques et traditionnels y sont réalisés avec un savoir faire hérité des anciens charpentiers de marine. Chasse-marée, cotre sardinier ou sinagot témoignent de l’originale histoire maritime bretonne. Un petit patrimoine remarquable jalonne ce secteur de l’île, à l’exemple de la fontaine de Salzen où les femmes du pays frottèrent leur linge sur les tables à laver pendant des générations. Particulièrement riches en plancton, les eaux littorales accueillent de nombreux parcs à huîtres installés sur les faibles fonds abrités.

Site de la Région Bretagnewww.bretagne-environnement.org

Mairie de l’Île aux Moines

56 780 Île aux Moines

Tel. 02 97 26 32 61

mairie@ileauxmoines.fr

Ferme du Cromlec’h

Site de Kergonan

56 780 Île aux Moines

Tel. 02 97 26 32 61

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Carte d'identité du site

Commune(s) : ILE-AUX-MOINES (56)

Surface protégée : 47.3 hectares

Protégé depuis : 1980

Nombre d'actes d'acquisition signés : 20

Balade Monument Ouvert au public

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