Paysages

CAMARGUE GARDOISE

Absence quasi totale de relief, immensité des espaces naturels ou cultivés qu’animent parfois chevaux et taureaux, multitudes d’oiseaux, lignes de plages et de dunes intactes semblant se déployer à l’infini, villes et cités balnéaires toujours plus étendues, routes et zones commerciales, équipements touristiques… Les paysages de la Camargue gardoise, partie la plus occidentale du delta du Rhône, présentent au moins deux visages : l’un très valorisé d’une terre de nature préservée et exploitée où l’eau est partout présente, l’autre un peu moins amène d’un tourisme de masse qui s’étend sans [...] Lire plus

Absence quasi totale de relief, immensité des espaces naturels ou cultivés qu’animent parfois chevaux et taureaux, multitudes d’oiseaux, lignes de plages et de dunes intactes semblant se déployer à l’infini, villes et cités balnéaires toujours plus étendues, routes et zones commerciales, équipements touristiques… Les paysages de la Camargue gardoise, partie la plus occidentale du delta du Rhône, présentent au moins deux visages : l’un très valorisé d’une terre de nature préservée et exploitée où l’eau est partout présente, l’autre un peu moins amène d’un tourisme de masse qui s’étend sans discontinuer le long du littoral de la Grande-Motte à Port-Camargue.
Ce n’est que l’un des nombreux paradoxes de cet espace camarguais languedocien représenté avant tout aujourd’hui dans sa « naturalité », alors que ses paysages sont depuis la Préhistoire le résultat d’un équilibre complexe entre des conditions géographiques et écologiques contraignantes (dynamique des eaux du Rhône et de la Méditerranée, insalubrité des marais, terres salines peu fécondes) et la volonté de l’Homme de les dépasser. Cette combinaison exigeante est aujourd’hui fragilisée par l’extension des zones urbaines, le difficile maintien des activités traditionnelles, notamment d’élevage, et une fréquentation touristique toujours plus intense. Un vaste panel de protections (sites classés et inscrits au titre de la loi de 1930, réserve de biosphère, Opération Grand Site en cours autour d’Aigues-Mortes, Conservatoire du littoral) a été mis en place ces dernières décennies pour préserver l’originalité paysagère, écologique et sociale de la Camargue gardoise.

Regards d'artistes

Frédéric Bazille, Les Remparts d'Aigues-Mortes, 1867
Musée Fabre, Montpellier.
 « Au sommet de la tour Matafère, haut dans le ciel, brûlé de soleil ou fouaillé de vent, entouré d’oiseaux et de brises, Sans-Nom goûtait un bonheur délicieux… L’horizon étendait ses cercles sous ses yeux. La mer étincelait au sud, illimitée. Au nord, il voyait au-delà de Nîmes, la montagne ; au levant, la tour crénelée de Saint-Gilles, et l’église des Saintes-Maries, comme un gros navire de pierre tiré à sec sur le rivage ; au couchant, des hameaux, des mas, et les poudroiements de la campagne, vers Lunel et vers Maguelone ; à ses pieds, le bourg d’Aigues-Mortes, et puis Psalmodi, sur son [...] Lire plus

 « Au sommet de la tour Matafère, haut dans le ciel, brûlé de soleil ou fouaillé de vent, entouré d’oiseaux et de brises, Sans-Nom goûtait un bonheur délicieux… L’horizon étendait ses cercles sous ses yeux. La mer étincelait au sud, illimitée. Au nord, il voyait au-delà de Nîmes, la montagne ; au levant, la tour crénelée de Saint-Gilles, et l’église des Saintes-Maries, comme un gros navire de pierre tiré à sec sur le rivage ; au couchant, des hameaux, des mas, et les poudroiements de la campagne, vers Lunel et vers Maguelone ; à ses pieds, le bourg d’Aigues-Mortes, et puis Psalmodi, sur son tertre, au milieu des eaux, et l’ondulation des roseaux tout autour, et le miroitements des salines, blanches et d’argent sous le soleil ; et la frange des vagues au loin, qui venaient mourir sur les sables, où de noirs taureaux immobiles regardaient la mer incompréhensible. Par la chaussée, assailli de vives tornades de poussière élevée en blanches colonnes, aussitôt dissoutes, retombantes, quelque piéton courbé luttait péniblement contre le vent ; un utriculaire avançait sans hâte à travers les joncs ; des laboureurs grattaient le sol autour d’Aigues-Mortes, où des filets séchaient, tendus sur des perches. Des barques reposaient, arrondissant leur ventre, échouées de biais le long de la grève ; et d’autres partaient pour la pêche, le foc mis. Il y avait aussi les voiles inoffensives, sur les flots : les unes, rouges, qui venaient de Gênes, les autres, bleues, de Barcelone. Dans les roseaux, les grenouilles coassaient sans fin, alternant avec les cigales des oliviers de l’abbaye. Les poules d’eau et les gélinottes, les oies sauvages, les canards criaient sur l’étang ; et quelquefois un flamant d’Égypte battait l’air surchauffé, de ses ailes roses, au pied de la tour, où le vent apportait aussi, diminués, les chants aériens de Psalmodi.

Émile Henriot, Le Pénitent de Psalmodi, Plon, 1933

Evolution de l'urbanisation

de la Camargue gardoise
1965 1965
2014 2014

En 1965, excepté les noyaux urbains d’Aigues-Mortes et le petit port du Grau-du-Roi, la Camargue gardoise est un espace vide, voué aux salins, à l’agriculture et à la nature. Depuis, l’urbanisation a gagné tout le littoral de la Grande-Motte à Port-Camargue, et Aigues-Mortes s’est étendue vers le nord en une couronne dont la surface a plus que doublé. Cependant, les diverses protections au titre de la loi de 1930 et les acquisitions par le Conservatoire du littoral à l’arrière de la côte urbanisée (secteur du Grau-du-Roi) et sur la côte ont permis de conserver à la Camargue gardoise ses paysages de marais, de roselières, de prairies humides, de cultures et de salins.

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Carte des paysages

  • Picto Pano paysage

    • La partie du littoral du Languedoc-Roussillon la moins densément peuplée

    • Des milieux humides dont le taux de salinité croit du nord (marais doux, roselières) au sud (prés salés, sansouïres)

    • Des paysages agricoles liés à des pratiques traditionnelles d’élevage extensif et à la culture du riz (canaux)

    • Les salins, un paysage de production

  • Picto Pano menace

    • Une forte croissance démographique et une intense fréquentation touristique du littoral à proximité du Grau-du-Roi et aux alentours d’Aigues-Mortes

    • Des enjeux hydrologiques complexes pour maintenir des zones humides

    • Des espaces naturels menacés par le retrait des activités traditionnelles au profit de celles vouées au tourisme

    • Une fragmentation croissante des grands domaines agricoles caractéristiques de la propriété foncière camarguaise


    • Des enjeux de gestion durable du trait de côte

  • Picto Pano protection

    • Un large panel de protections : 6 sites classés au titre de la loi de 1930, 3 espaces naturels protégés par le Conservatoire du littoral, une Opération Grand Site (OGS) en cours portée par le Syndicat mixte de la Camargue gardoise

Découvrez les unités littorales voisines :

Séquences paysages

  • Du Grau-du-Roi à Port-Camargue : le littoral urbanisé et balnéaire
    Du Grau-du-Roi à Port-Camargue : le littoral urbanisé et balnéaire
    Les sites du Conservatoire du littoral :
  • Derrière le cordon dunaire de la plage de l’Espiguette, les lagunes
    Derrière le cordon dunaire de la plage de l’Espiguette, les lagunes
    Les sites du Conservatoire du littoral :
  • Autour d’Aigues-Mortes, des paysages de salins, d’étangs et de marais
    Autour d’Aigues-Mortes, des paysages de salins, d’étangs et de marais
    Les sites du Conservatoire du littoral :
  • La Petite Camargue cultivée
    La Petite Camargue cultivée
    Les sites du Conservatoire du littoral :