MARAIS SINAGOTS

Aux franges orientales du Golfe du Morbihan, les Marais de Séné, classés réserve naturelle, bordent le vaste ensemble estuarien de la rivière de Noyalo. Eaux libres, vasières, prés-salés et anciens marais salants y mélangent sur plus de 500 hectares leurs biodiversités fabuleuses. Inscrits dans une zone humide d’importance internationale, ils représentent pour l’avifaune l’un des plus importants refuges de l’ouest de la France. Baignés par le flux et le reflux des étiers de Falguérec, Michotte et Pen Aval, les Marais de Séné composent une véritable mosaïque lacustre dont la géométrie créée par le travail des hommes s‘est peu à peu ensauvagée à la faveur de la déprise salicole. Eaux douces et salées s’y rencontrent au rythme des marées et donnent naissance à de multiples habitats. Du côté de Falguérec, la campagne a rejoint les anciens marais salants. Entourés de hautes haies bocagères, pâturés un temps, ils sont devenus un havre où bassins miroitants, roselières ondulées, prairies humides et mares intimes se côtoient dans une ambiance apaisée. Vu du ciel, ils apparaissent telles de subtiles compositions réalisées par quelque artiste géant. Aux abords de la rivière de Noyalo, le paysage s’ouvre sur de grandes étendues maritimes et terrestres. Vases luisantes, vastes prés-salés et lagunes y dessinent un paysage horizontal traversé par les longs méandres des chenaux.

La flore

Ballottées par les flots marins, les fines lanières des zostères forment des prairies marines dans lesquelles vivent et se reproduisent une multitude d’espèces animales. Plus de trente sortes de diatomées, algues microscopiques aux enveloppes siliceuses admirables, abondent dans les milieux doux et salés. Elles sont à la base de nombreuses chaînes alimentaires et servent d’excellents indicateurs biologiques. Pas moins de six types de salicornes peuplent, à différents niveaux, les vases des marais. Appréciées de longue date par les marins pour leurs vertus antiscorbutiques, elles se parent, l’automne venu, d’une belle teinte rouge. À mesure que le sol s’assèche, apparaissent dans les prés-salés les peuplements d’obiones argentées, les fleurs bleues des lavandes de mer et les épis allongés des spartines anglaises. Sur les eaux saumâtres, flottent les renoncules de Baudot dont les feuilles, selon qu’elles soient submergées ou flottantes, sont filiformes ou s’ouvrent en éventail. Le long des berges de la rivière de Noyalo, poussent les rameaux blancs argentés des odorantes et rarissimes armoises maritimes, appelées aussi absinthes de mer.

La faune

Les vases salées, bien que d’aspect désertique, recèlent une vie intense. Vers, crustacés et mollusques y abondent. Parmi eux, la coque, qui se déplace en sautant, est une très ancienne compagne de l’homme puisque nos ancêtres néandertaliens, après s’en être abondamment sustentés, en faisaient d’élégantes parures. Avec plus de 200 espèces d’oiseaux dont près du tiers n’est que de passage, les marais de Séné sont aussi un véritable carrefour migratoire. Venus des toundras du nord de l’Europe où ils se reproduisent, les chevaliers arlequin et aboyeur ne feront ici qu’un bref séjour avant de rejoindre l’Afrique. Certains d’entre eux s’arrêteront cependant pour hiverner en compagnie des chevaliers gambette. Les marais de Séné s’inscrivent dans le vaste écosystème du Golfe du Morbihan. Chaque habitat y joue un rôle particulier et complémentaire aux autres. Ainsi, les tadornes de Belon, qui nidifient pour la plupart sur les îles du Golfe, viennent s’alimenter dans les marais et vasières de la réserve. De part et d’autre de la route, s’étirent prés-salés et lagunes où de nombreuses espèces d’oiseaux se reproduisent. Avec plus de 200 couples, l’avocette élégante est l’un des plus importants oiseaux nicheurs du site. À même le sol, elle creuse son nid qu’elle garnit de végétaux et de coquillages. Une population de spatules blanches passe l'automne et l'hiver à Séné, tandis que d'autres groupes, en provenance de Mauritanie et du Sénégal, effectuent une brève halte pendant la migration de printemps. Après s’être reposées et restaurées, les spatules poursuivent leur long périple qui aboutit à leur reproduction sur les îles de la Frise aux Pays-Bas. Partout en régression en Europe, les anguilles semblent affectionner les eaux des marais de Séné où, contrairement à maints endroits, le parasite menaçant leur reproduction est absent.

Créée en 1996, la Réserve Naturelle des Marais de Séné, dont la maîtrise foncière est assurée par le Conservatoire du Littoral, Bretagne Vivante - SEPNB, le Conseil Général du Morbihan et la commune de Séné, est co-gérée, dans le cadre d’une gestion différenciée, par la Société d’Étude et de Protection de la Nature en Bretagne, l’Amicale de Chasse de Séné et la commune. Ainsi, actions et suivis naturalistes, scientifiques, cynégétiques et administratifs se répartissent-ils selon ces acteurs respectifs. Pour préserver le caractère naturel des habitats des vases salées, suivre leur évolution et approfondir la connaissance du système estuarien, un ensemble d’études et d’inventaires est mené. Des campagnes de restauration du système hydraulique des anciens marais salants sont effectuées afin d’améliorer la gestion des zones saumâtres. Consolidation des digues existantes par le maintien d’une végétation stabilisatrice pâturée par des ovins, réendigage, modification des vannes, suivi des niveaux et de la qualité de l’eau sont quelques exemples des opérations engagées. Essentielle à l’entretien du site, la gestion agricole a été confiée à un jeune agriculteur qui, installé sur la presqu’île de Brouel, pratique une agriculture respectueuse de l’environnement. Dans ce cadre, un troupeau de moutons “lande de Bretagne” et quelques bovins de race locale pâturent les prairies afin de prévenir la fermeture du milieu. De nombreux observatoires jalonnent le site et permettent aux visiteurs d’observer la faune sans la déranger. Un Centre Nature abrite, tout au long de l’année, des expositions et un montage audiovisuel sur la Réserve Naturelle. Des visites guidées et des balades nature accompagnées sont également proposées. Pour que les marais de Séné puissent préserver leur biodiversité, le concours de tous est nécessaire. Respecter les cheminements proposés et la réglementation y participe efficacement.

Précurseurs des marais salants, de nombreux fours à augets datant vraisemblablement de l’époque gallo-romaine ont été découverts à Séné et dans la région. En Europe, les premières extractions de sel remontent à quelque 800 ans avant notre ère. Sables et boues marines sont alors ramassés et séchés durant l’été. Lessivés à l’eau de mer, ils donnent une saumure qui lentement sera cuite dans des godets en argile. Grâce à l’évaporation due à l’ébullition, le sel se concentre peu à peu au fond des récipients. De l’Âge du Bronze à l’Âge du Fer, la forme des réceptacles évoluera pour devenir de petites auges, les augets. Sans doute issues d’une observation avisée d’un phénomène d’évaporation naturelle, les tables salantes des Romains inspireront à leur tour la saliculture développée en Bretagne. En 1720, le clergé vannetais reçoit du roi une concession de 124 hectares de terres incultes soumises au rythme des marées. 9 ans plus tard, des paludiers originaires de Batz-Sur-Mer et Saillé entreprendront une gigantesque transformation du milieu. Des étiers sont creusés à partir des méandres naturels pour acheminer l’eau salée entre des levées de terre qui forment, par un savant jeu de canaux et de bassins, un véritable labyrinthe. Le village de Brouel le Goho est un ancien hameau de pêcheurs paludiers. Ici, la pêche se pratiquait avec une embarcation typique de Séné, le sinagot. Chaloupe gréée de deux voiles teintes en rouge, elle était spécialisée dans la pêche à la drague. Fait rare dans une profession essentiellement masculine, les femmes du pays s’y embarquaient pour participer à la capture des crevettes et des huîtres sauvages. Sur les digues des marais salants étaient bâtis naguère des greniers à sel. Un vestige d’une de ces salorges en bois subsiste du côté de Michotte.

Site de la Région Bretagne : www.bretagne-environnement.org

 

Centre Nature des Marais de Séné

56860 Séné

Tel : 02 97 66 92 76

 www.reservedesene.com

 

Mairie de Séné

1, place de la fraternité

56860 Séné

Tel. 02 97 66 90 62

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Carte d'identité du site

Commune(s) : SENE (56)

Surface protégée : 246.7 hectares

Protégé depuis : 2000

Nombre d'actes d'acquisition signés : 22

Balade Ouvert au public

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