ROCCAPINA

En suivant la RT 40 depuis Sartène, vers le sud, une fois traversée la large vallée de l’Ortolu, un grand virage en balcon offre soudain au regard un grand lion de pierre et son domaine. Roccapina est l’un des lieux les plus emblématiques de la Corse : une crique de sable clair aux eaux turquoise, dominée par une crête rocheuse sur laquelle trône, tel un sphinx, ce lion de granite au regard tourné vers le large depuis des millénaires. Qui ne connaît cette silhouette maintes fois représentée, allégorie fameuse de la Corse ? Dans le maquis, d’autres rochers aux formes fantastiques ou reconnaissables, tel l’éléphant, visible au sud du lion, surgissent de la  végétation. Le site, qui commence à la pointe de Roccapina s’étend loin vers l’intérieur des terres sur 500 ha de maquis parsemé de taffoni, car tel est le nom de ces blocs et boules de granite façonnés par les éléments, qui offrent au regard un univers de personnages imaginaires tout à fait original.

Si la végétation dominante sur le site est le maquis, omniprésent, touffu, impénétrable, la baie de Roccapina, avec sa plage, ses dunes, ses petites zones humides, apporte une belle diversité de milieux et de paysages. Il faut prendre le temps de parcourir Roccapina, qui recèle dans les replis des reliefs et sous l’ombre du maquis, tant de merveilleuses découvertes : la nature et l’homme ont créé ici un jardin fabuleux.

Habitats et flore

La plage de Roccapina est caractérisée par une belle dune à genévrier à gros fruits et genévriers de Phénicie. Fortement érodée par le piétinement et le camping sauvage jusque dans les années 1980, elle est désormais protégée par une rangée de ganivelles (clôtures en châtaignier) et des plantations ont été entreprises pour favoriser la fixation du sable et renforcer le couvert végétal. Fausse-girouille des sables, euphorbe peplis, evax de Corse, serapias de Nurra se rencontrent en bord de mer.

La petite zone humide en arrière de la plage abritent une roselière et des prairie de joncs.

Sur les versants, le maquis a gagné tous les terrains, colonisant les moindres interstices de rochers : c’est un maquis dense, plus haut à mesure que l’on s‘éloigne du rivage, à calycotome épineux, arbousiers, bruyère arborescente, lentisque, chênes verts, genévrier de Phénicie et oléastres.

 

Faune

Les oiseaux d’eau, tels le râle d’eau et le grèbe castagneux, les amphibiens,  notamment le discoglosse sarde, et une belle population de tortues cistudes apprécient la zone humide d’arrière-plage et sa roselière.

Les nombreuses cavités rocheuses du site sont des repaires idéaux pour les colonies de chauve-souris : petits rhinolophes, minioptères de Schreiber, barbastelles d’Europe, murin à oreilles échancrées.

Sur les hauteurs de ce site au relief marqué, l’avifaune est extraordinairement variée et nombreuse, mêlant passereaux, rapaces de passage, oiseaux des falaises : le martinet à ventre blanc et l’hirondelle de rochers, la pie-grièche à tête rousse et le guêpier d’Europe, le venturon corse et la fauvette passerinette, le milan royal, l’engoulevent… pour n’en citer que quelques-uns. La tortue d’Hermann et le lézard de Bedriaga sont plus discrets, profitant de la végétation et des anfractuosités de rochers.

 

Site Natura 2000 de Roccapina 

ZNIEFF de la cala di Roccapina 

ZNIEFF de la bocca di Roccapina 

La gestion du site est partagée entre le Département de Corse-du-Sud et le Syndicat Intercommunal ELISA. Des sentiers ont été aménagés en contrebas du col ; en une promenade de 30’ environ, ils permettrent de découvrir les ambiances du maquis, d’admirer la mer et les rivages depuis des points de vue panoramiques, ou encore de s’immiscer dans un grand taffoni (sous l’éléphant !) comme l’ont fait avant nous bergers, bandits ou hommes préhistoriques…

La Casa di Roccapina, rattachée au Musée de la Préhistoire de Sartène, est également gérée par la Collectivité de Corse. Elle est ouverte de mai à octobre et propose des visites avec audioguides ou guidées par le personnel. Une partie de la visite se fait en extérieur et permet de visiter un l’oriu reconstitué, habitat d’un berger aménagé dans un rocher tel qu’on aurait pu le voir il y a un siècle.

Plus d'informations

Les plus anciennes traces d’occupation du site remontent à l’âge du fer : les taffoni, ces rochers érodés de manière particulière par la cristallisation du sel faisant éclater le granite, ont été utilisés par les hommes de la préhistoire comme des lieux d’habitat temporaire, de culte ou de sépulture.

Au Moyen-Âge, une enceinte fortifiée a été érigée sur la « tête » du Lion de Roccapina, formant ainsi une sorte de couronne aujourd’hui en grande partie effondrée. Un peu plus loin sur la crête, une tour ronde, l’une des dernières édifiées en Corse en 1610 par Giovanni du Cauro : la région du Sartenais, très éprouvée par les attaques barbaresques, dota son littoral de plusieurs tours.

Au XIXe siècle, le col de Roccapina est devenu une halte prisée par les voyageurs et les marchands sillonnant les routes entre Sartène et Bonifacio. Deux maisons s’y côtoient encore, celle du douanier devenue auberge, et celle du cantonnier, désormais propriété du Conservatoire du littoral, dans laquelle est aménagée A Casa di Roccapina, une maison de site dotée d’une muséographie originale autour du patrimoine géologique et de l’occupation humaine : elle permet notamment de comprendre les phénomènes naturels qui président à la formation des extraordinaires taffoni. Des murets de pierre délimitant des enclos et des jardins, des fontaines, et surtout des orii (oriu au singulier), ces taffoni aménagés par la main de l’homme, sont présents sur le site. Leur datation est incertaine mais beaucoup étaient encore utilisés récemment : bergeries, enclos à cochons, habitat… L’oriu du berger de Roccapina a été récemment restauré par le Conservatoire du littoral.

En 1887, le naufrage du Tasmania, vapeur de la P&O en provenance de Bombay transportant les invités pour le Jubilé de la Reine Victoria, rejeta sur la plage de Roccapina les survivants du désastre et maints objets. Les naufragés furent recueillis et soignés par les habitants des villages avoisinants, ce qui valut à certains des récompenses décernées par la reine d’Angleterre. Ce fameux naufrage donna également naissance à quelques rumeurs et légendes, dont celle d’un hypothétique trésor dissimulé dans l’oriu du bandit Barritone, au-dessus de la plage de Roccapina… Légende car le véritable trésor que transportait le bateau, un coffre de pierres précieuses, fut aussitôt sauvé par le second du navire, tandis que le capitaine sombrait avec son vaisseau.

Roccapina fait partie des sites qui ont échappé de justesse à une urbanisation débridée liée au développement du tourisme de masse des années 1960-70. L’implantation d’un programme immobilier avait déjà été amorcée lorsque le site a finalement été racheté par le Conservatoire du littoral : les quelques bâtiments déjà construits ont été détruits afin de rendre au site toute sa naturalité.

Accès direct au site via un parking indiqué sur la RT 40.

A casa di Roccapina : tel 04 95 71 56 30

www.corsedusud.fr

U caminu di l’Oriu (Le sentier de l’oriu) fait partie de la visite de la maison de site : 20 mn de balade

Un caminu di a Punta (Le sentier du Belvédère) est en accès libre depuis le parking sur la RT 40 : 45 mn de plongée dans le maquis et son patrimoine.

 

Syndicat Intercommunal Elisa

Office de Tourisme du Sartenais-Valinco-Taravo

 

Réglementation sur les terrains du Conservatoire du littoral : le camping, le bivouac, les feux, les dépôts de déchets et la circulation des véhicules à moteur sont interdits.

 

Carte d'identité du site

Commune(s) : MONACIA-D'AULLENE (2A) , SARTENE (2A)

Surface protégée : 779.9 hectares

Protégé depuis : 1977

Nombre d'actes d'acquisition signés : 4

Balade Ouvert au public

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